Micah P. Hinson And The Red Empire Orchestra de Micah P. Hinson



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Poor lonesome cowboy



Rugueux, sombre, triste et rustique, le style de Micah P. Hinson n’en est pas moins magnifiquemnt ouvragé et bouleversant. Micah P. Hinson and the Red Empire Orchestra, deuxième LP de ce Texan de 27 ans, saisit à la gorge avec sa déprime crue, humble et rocailleuse. Sa country "indé", macérée dans l’œuvre de Johnny Cash, sait sortir des sentiers balisés du bluegrass, se teintant parfois de folk lo-fi à la Smog ou du blues gothique cher à Nick Cave. L’album évoque la solitude et l’Ouest US des parias, dans un gospel apocalyptique et désespéré. C’est beau à pleurer.
Incroyable comme les apparences peuvent être trompeuses. Ainsi, Micah P. Hinson n'est pas du tout, mais alors pas du tout celui qu'on s'imaginait en l'écoutant. Sa voix de basse rocailleuse, superbement abîmée au tabac et à la gnôle, évoque, au choix : un physique imposant de vieux loup de mer barbu, ou une silhouette carrée de cow boy viril, buriné et taciturne. Alors qu'en réalité, Micah P. est un maigrelet binoclard à casquette de skater et aux oreilles trouées de grosses boucles noires...

A l'inverse d'un Elliott Smith ou d'un Mark Lanegan, qui révélaient une insoupçonnable délicatesse sous des traits grossiers, ce gringalet né à Memphis il y a seulement 27 ans cache en lui un vieux crooner maudit au teint tanné...Avec une maturité sidérante, Micah P. Hinson chante l'Amérique profonde - celle des laissés-pour-compte - dans la langue de Johnny Cash, donc country, brute de décoffrage et white-trash. Dès l'ouverture de l'album plane d'ailleurs l'ombre du Man in black, époque Rick Rubin : "Come home quickly come home, darlin'" débute par la même voix d'outre-tombe filtrée que sur "The Man Who Comes Around". Fantôme qu'on retrouve sur l'impressionnant "Throw this stone", scandée par de brutaux chœurs d'outlaws.

Mais Micah P. Hinson ne se limite pas à un plagiat rétro, bien sûr. Cultivant sa singularité déjà démontrée sur son excellent premier album (Micah P. Hinson and the gospel of progress ) et l'EP The Baby and the Satellite, le texan bouleverse constamment. D'une tristesse souvent absolue, ses poèmes crâmés au soleil de Satan peuvent prendre la forme d'une symphonie bluesy, comme sur l'envoûtante valse "I keep having these dreams", ou d'une country plus pop-folk ("The wishing well and the willow tree"), gospel ("The fire came up to my knees"), bluegrass ("we don't have to be lonesome"), western spaghetti ("You will find me") ou lo-fi ("Sunrise over the Olympus mons"), on pourrait suivre ce songwriter très loin dans les ténèbres de l'Ouest. Empruntant des chemins cabossés comme son passé de taulard, de clochard et d'alcoolique, Micah P. Hinson ne sombre jamais dans la mièvrerie ou dans le pathos plombant.

Son spleen d'homme blessé a la beauté tragique de l'impossible rédemption des parias, ces "underdogs" décrits par John Fante, ces losers magnifiques filmés par John Huston. Comme sur cette superbe ballade accompagnée d'un banjo, "When we embraced", lumineusement désespérée, ou sur le sommet de l'album, "Dyin' alone" ode funèbre à la solitude, qui évoque fortement Nick Cave et ses mauvaises graines, mais aussi Bill Callahan. On pense d'ailleurs souvent au folk dépressif et caverneux de Smog, notamment sur la vaporeuse et brinquebalante "The wishing well and the willow tree", voilée derrière des grésillements lo-fi, ou sur "Tell me it ain't so".

Rugueux mais finement ouvragé, vaillant mais pas réconfortant, noir et souvent beau à pleurer, cet album de solitaire confirme la palce de Micah P. Hinson dans la lignée précieuse des grands songwriters Américains, catégorie écorché vif.

 

 

Eric Vernay Le 11 juillet 2008
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