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A l’instar de leur contemporain New Yorkais MGMT, les trois Juggernauts (Vincent Juggernaut, Andy Juggernaut et Daniel Juggernaut) ne s’embarrassent pas de respect excessif pour une tradition plus que cinquantenaire du rock’n’roll, tout en prouvant qu’ils maîtrisent leurs classiques sur le bout des doigts. Seulement, là où MGMT incarne le revival d’un psychédélisme cuivré et d'un néo-tribalisme quelque peu figé depuis la reconnaissance d’Animal Collective, Midnight Juggernauts préfère le lyrisme et la mélancolie du Pink Floyd circa "Wish You Where Here" (l’éponyme "Dystopia"), l’hédonisme proto-disco d’un Giorgio Moroder ("Shadows", "Twenty Thousand League") et le songwriting futuriste et détaché d’une new wave sous influence Human League ou New Order ("Worlds Converged"). Midnight Juggernauts prouve également que l’on peut écrire de vraies chansons, bâtir des mélodies aériennes et vibrantes digne des Beach Boys, sans pour autant forcément puiser dans l’héritage baroque des sixties, si tendance ces dernières années, tout en explorant les zones mal aimées de la pop et du rock (le rock progressif sur "Intro" et "Scorpius", l’italo disco sur l’excellent "Tombstone", par exemple).
Plus proche cependant, du Studio 54 que de l’ambiance "feu de camp" sur la plage, Dystopia n’en est pas moins gorgé de poésie, de pointes de ferveur glorieuses et de poussées de fièvre adolescentes. En ce sens, l’album est aussi le manifeste d’une génération nettement plus festive qu’esthète, une attitude saine semble-t-il, puisqu’elle n’oblige pas les plus jeunes d’entre nous à copier les tics et attitudes d’une autre génération, déjà plus que quinquagénaire elle, celle des Mick Jagger, Brian Wilson et consort. En tant qu’héritier, les Midnight Juggernauts affirment leur droit de tout chambouler et semblent bel et bien affirmer "le rock est mort, et alors ? Dansons sur sa tombe !". Et le trio de marier adroitement Beach Boys et Daft Punk, Pink Floyd et Lindstrom, Moroder et Suicide, dans un grand élan jouisseur et connaisseur.
C’est d’ailleurs ce qui fait la force de cet album, alignant avec un naturel désarmant, tube ("Into The Galaxy", "Shadows") sur tube ("Ending of An Era", "Road to Recovery"), sans oublier l’émotion vraie d’un groupe de jeunes gens pour qui l’important est d’abord de faire de la musique, leur musique, celle d’une époque forcément sous influences mais également à la recherche d’une esthétique qui lui soit propre, tout en gardant le naturel et l’innocence des débutants. Alors, dansez maintenant !
Midnight Juggernauts - Dystopia
Chez Syberia/EMI, avril 2008

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