Aussi curieux que cela puisse paraître, le reggae fut longtemps absent des ondes en Jamaïque ! Alors que ce genre musical connaît un succès fulgurant et planétaire grâce, notamment, à l'aura de
Bob Marley et à la communauté jamaïcaine établie à Londres, il a fallu attendre 1976 pour que les bonnes vibrations soit enfin diffusées à la radio grâce à
Mikey Dread.
Michael Campbell aka Mikey Dread a déjà un pied à la JBC (Jamaica Broascasting Corporation, la radio d'état) en tant qu'ingénieur du son lorsqu'il fait le forcing pour obtenir un créneau horaire. Il obtient gain de cause et occupe l'antenne dans la nuit du samedi. Son émission s'appelle
Dread At The Control et elle devient rapidement culte. Il conçoit sa programmation et ses interventions au micro comme un album dub.
Mikey Dread ne lésine pas sur les jingles, les "bleeps", les bruitages et les sirènes qu'il intercale entre deux dubplates, comme s'il pilotait un sound-system. Il présente les morceaux et interpelle ses auditeurs avec sa gouaille inimitable :
who is the man that play roots, rock, reggae ? Michael Campbell... And who is the rock with the rock on the rock ? It's the dread at the control... Michael Campbell to thrill your soul !
Toutes ses gimmicks seront reprises dans un album légendaire :
African Anthem. Derrière cette décalque vinylique de ses activités radiophoniques, on trouve du beau monde : Sly & Robbie, Bubbler, Leroy Wallace,
Augustus Pablo, Earl "China" Smith, Ansel Collins, Deadley, etc. Le tout ayant été enregistré et mixé notamment par Errol T, Prince Jammie et
King Tubby himself ! C'est un des dix meilleurs albums dub de tous les temps. Il paraît en 1979, année où il est contraint d'arrêter son émission.
Qu'importe, Mikey Dread a monté en parallèle son label, logiquement intitulé Dread At The Control, sur lequel il sortira d'autres albums durant les années 80, moins dub mais de haute volée (
World War III, S.W.A.L.K., Pave The Way) avant de "revisiter" son album fétiche en 1991 (
African Anthem Revisited). Entre temps, il a établi une tête de pont en Angleterre avec les
Clash. Ils co-signent plusieurs titres sur
Black Market Clash et
Sandinista en particulier. Allant jusqu'au bout de cette "collaboration", ils montent également sur scène ensemble, donnant corps au fameux slogan "punky reggae party"…
Ayant trouvé refuge en Angleterre, il multiplie les projets (UB 40, Anarchy), reprend du service sur Radio West puis sur BBC 1, exporte son émission jusqu'en Australie puis en Floride où il réside actuellement. Il se lance dans des tournées mondiales pour promouvoir ses albums. Dans le courant des années 90s, il s'intéresse à la vidéo. De 1993 à 1999, il est directeur des programmes pour le Caribbean Satellite Network ("dread at the control", donc : imaginez la même chose en France ; ne serait-ce qu'aux Antilles…).
Il investit la télévision comme producteur et animateur, et supervise aussi plusieurs festivals. Le troisième millénaire voit Mikey Dread multiplier ce type de projets. Ce qui ne l'empêche pas de faire des lives (cf.
World Tour) et de concevoir de nouveaux albums dans un registre un peu plus roots. Le dernier en date (2002) s'intitulant
Rasta In Control…