Bouillonnants rejetons des années 80, les
Minitel Rose sont un peu les
Midnight Juggernauts français. Sur
The French Machine, leur premier 6 titres, on retrouve le même amour des synthétiseurs vintage, la même obsession pop mêlée au culte de
Giorgio Moroder, le même sens du groove et des refrains addictifs (en anglais s’il vous plait !) que chez leurs coreligionnaires australiens azimutés. Ce qui est, avouons-le, plutôt encourageant pour un début !
Trio nantais composé de Raphaël, Romain et Quentin, Minitel Rose surfe assurément sur la vague fluo - retro - kitsch 80 (rayez la mention inutile) en vogue actuellement. On ne cesse d’ailleurs de s’étonner, à la vue de toute une génération qui n’a finalement connu de cette époque que les évocations télévisuelles récentes des "Enfants de la télé", s’enthousiasmer pour les symboles d’une ère généralement dépréciée par les aînés. Des premiers pas de l’informatique en réseau (le ringard "minitel"), aux blockbusters américains (GhostBuster,
Flashdance,
Midnight Express), en passant par les séries (Dallas, Dynasty, Miami Vice), l'eurodance et les balbutiements electro et synth pop (
New Order,
OMD,
Depeche Mode,
Human League), l’imaginaire et les compositions de Minitel Rose sont donc imprégnés de culture 80.
Une ère qui est généralement synonyme de mauvais goût (les lasers, le tunning, les accessoires fluos, les coupes mulet) et il faut bien avouer qu’il est jouissif pour l’observateur curieux des cultures pop, de voir ainsi transmuter "le ringard en branché" dans un étrange phénomène d'inversion des valeurs. Un détournement que Minitel Rose, à l’instar de
Neon Neon, Midnight Juggernaut,
Sebastien Tellier ou
Rodion, arrive à faire de manière plutôt subtile, en reprenant des codes majoritairement dénigrés et ravalés au rang de sous-culture, pour les propulser dans l’espace grâce à un mélange imparable de mélodies angéliques et de riffs de synthés sauvages et sexy. Car
The French Machine, on l’a compris, fait de l’œil au Sex Machine du godfather of funk autant qu’à l’usage récréatif (principalement sexuel) du premier réseau informatique public connu sous le nom de "minitel".
Mais les trois Nantais ne se contentent pas de singer un modèle.
"Elevator", et
"Business Woman", les deux morceaux qui ouvrent l’album, le prouvent. Les Minitel Rose sont des cadors, ils connaissent leurs synthétiseurs sur le bout des doigts, et en matière de composition d’hymnes à danser/chanter aussi virtuoses que fédérateurs, ils n’ont plus rien à apprendre de leur aînés. Quand au décollage vertical de
"Better Days (part. II)" ou le crunk primitif
"When I was A Punk", ils placent carrément ces jeunots dans la cour des grands. Avec Minitel Rose, il semblerait que la France ait enfin trouvé sa machine d’amour.