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Amour moderne



L'album éponyme des Modern Lovers est l'histoire d'un coup de foudre profond entre un groupe de Boston qui ne ressemble ni ne sonne comme aucun autre et le producteur Kim Fowley, déjà repéreur de talents comme les Stooges ou Kiss. Mais aussi l'histoire d'un amour malheureux, car l'album mettra cinq ans avant de prendre sa version définitive...

Modern Lovers est de ces albums qui reçurent la grâce de deux producteurs influents, et pas n'importe lesquels, Kim Fowley et l'ex-Velvet John Cale. Un album a l'historique étrange aussi. En 1971, le chasseur de tête Kim Fowley découvre les Modern Lovers, et c'est un coup de foudre. Le groupe originaire de Boston, emmené par Jonathan Richman ne ressemble à rien d'entendu jusque là. Alors que le rock s'enfonce doucement dans le progressif et le folk, perfusé par le glucose soft-rock, les Modern Lovers proposent une musique brute, quasi primitive, très rentre-dedans, mais également profonde. Une qualité que l'on doit au songwriter inimitable qu'est Richman... qui ne paie pas de mine. Un air de fouine anorexique, un look passe-partout de premier de la classe, Richman tranche singulièrement avec ses partenaires chevelus. Producteur et musicien caractériel, chafouin et excessif, Kim Fowley, n'en a pas moins le nez creux. On lui doit la découverte et le management de nombreux groupes, dont les Stooges, les Runaways, ou bien Kiss. Il sent immédiatement le potentiel des Modern Lovers et les embarque en studio. Sous sa houlette, le groupe de Richman enregistrera ses meilleurs titres.

 

Mais les sessions enregistrées en une journée ne conviendront pas au label et seront mises au placard. Les titres enregistrés alors, parmi lesquels on retrouve les désormais classiques "Roadrunner" , "She Cracked", incroyable morceau de new wave avant-gardiste qui préfigure le Joy Division de "She's Lost Control", avec 20 ans d'avance et la ballade mélancolique "Astral Plane" compte aussi des chefs d'œuvre oubliés comme "Don't let Our Youth Go To Waste", probablement le morceau le plus sombre et poignant de l'histoire du rock, "Dance With Me", "Walk up The Street" et "I'm Straight" véritable déclaration d'intention dans laquelle Richman explique qu'il est "straight", ne doit rien à la drogue, ni l'alcool, n'est pas homo et préfère l'amour romantique à la pseudo-liberté sexuelle des années 60 et 70. Pour autant, la musique des Modern Lovers n'est ni molle, ni aseptisée. De cette rectitude revendiquée par le chanteur, le groupe tire son inspiration et compose des morceaux tendus à l'extrême, rigides comme du Art Brut.

 

De retour en studio, en 1972, c'est John Cale qui se met derrière la console. Il affine le son des Modern Lovers et enregistre avec eux de nouveaux titres. Certains ne sont pas mauvais, tel l'hilarant "Pablo Picasso" dans lequel Richman compare son manque de feeling avec les femmes au succès du célèbre peintre dans ce domaine, "Hospital" ou "Modern World", mais rien qui ne dépasse les sessions de Fowley. L'album que la plupart d'entre vous ont dans les mains subit de multiples rééditions, dont une double accompagnée d'un live. Mais il s'agit toujours du mix de John Cale. On aurait pu s'attendre à ce que l'album réédité ce mois, contienne enfin ces versions perdues, ce n'est malheureusement pas le cas (et malgré la très bonne note que lui attribue Pitchfork, Modern Lovers version Cale, ne mérite qu'un gentil 5.5). Il existe cependant une édition des mythiques Fowley Session, The Original Modern Lovers. Ce qu'il faut retenir, c'est que l'album généralement daté de 1976, année de naissance du punk rock US, fut en fait enregistré entre 1971 et 1972, ce qui en change radicalement la portée visionnaire et en fait avec presque 5 ans d'avance un digne précurseur du punk tout court.

 


 

Maxence Grugier Le 07 janvier 2008
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