Parmi les premiers artistes de rap anglais à avoir fait son trou aux Etats-Unis, dans la seconde moitié des années 80, membre du mythique collectif des Native Tongues, Simone Gooden aka Monie Love demeure une personnalité importante du Hip-Hop féminin. Ainsi qu'une activiste acharnée qui ne manque pas de projets et de franc parler.
Née à Londres en 1970, la sœur de l'artiste techno Dave Angel n'était pas vraiment prédestiné à faire carrière dans le rap. Alors que le Hip-Hop commence à exploser commercialement outre-atlantique, il n'en est encore qu'à ses balbutiements sur le vieux continent. Notamment en Angleterre, où la scène locale a dû mal à se démarquer du grand frère américain.
Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi Monie Love aura eu besoin de s'expatrier pour vivre de sa passion. A une époque où la notion d'internationalisme Hip-Hop n'est pas usurpée, la jeune femme va ainsi se faire adouber par les Native Tongues, crew composé de groupes comme Jungle Brothers,
De La Soul et
A Tribe Called Quest, qui partagent une approche consciente de la pratique du rap et sont très proches de la philosophie de la Zulu Nation d'
Afrika Bambaataa.
Après avoir fait ses débuts discographiques en Angleterre au sein du Jus Badd Crew de DJ Pogo dès 1987, puis en solo avec le single "
I Can Dot This" (1988), Monie est introduite sur la scène US par
Queen Latifah, autre membre des Native Tongues, qui l'invite sur le classique "
Ladies First" (1989), qui remporte un Grammy Award dans la catégorie rap. Dans la foulée, la miss collabore avec Jungle Brothers, sur "
Doin' Our Own Dang", et De La Soul, sur "
Buddy". Une entrée fracassante qui lui ouvre les portes de Warner Bros, où paraît son premier album,
Down To Earth (1990), qui contient les hits "
Monie in the Middle" et "
It's A Shame (My Sister)".
Forte de ce succès, Love se place sur la BO du film
Boyz In The Hood (1991), avec le titre "
Work It Out", puis celle
Class Act (1992), avec "
Full Term Love". Avant d'enchaîner sur la réalisation de son deuxième album,
A Word Or 2, auquel participent notamment le producteur Marley Marl, ainsi que...
Prince. En dépit de cet apport et bons titres comme "
Born To B.R.E.E.D.", le disque ne bénéficie pas d'un accueil aussi positif que
Down To Earth et marque le début de la traversée du désert de la londonienne, à peine interrompue par la sortie anecdotique du EP
Slice Of Da Pie, en 2000, sur un label de House allemand, Urban.
Recyclée dans l'animation de diverses émission de radio, "Sister Monie" refait parler d'elle en 2006 en se prenant le bec avec le rappeur Young Jeezy sur le morning show d'une station de Philadelphie, WPHI , en pleine polémique autour de l'album
Hip-Hop Is Dead de
Nas, dont le titre a choqué pas mal de MCs du Sud. La pionnière sort de ses gonds face à ce représentant de la nouvelle vague, insensible à ses arguments, qui sort du studio après s'être moqué de l'origine anglaise de Monie et avoir remis en cause la crédibilité de Nas. Elle quitte la radio peu de temps après, mais dément que les deux évènements aient un lien quelconque.
Soucieuse de remettre en perspective les principes fondateurs du Hip-Hop, Monie Love prépare actuellement un livre et s'est associé au projet de l'ex-producteur de Little Brother, 9th Wonder, la True School Corporation, et préparer un nouvel album, dont la date de sortie demeure inconnue. En 2007, elle a en tout cas montré qu'elle n'avait rien perdu de sa verve en participant à la série de remixes (80's, 90's et West Coast) de "
Where Are They Now" de Nas, qui invitait des légendes du micro tels que MC Shan, Kool Moe Dee ou King Tee.