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Mélodies dans le coma

Le gang des voix légendaires
La production intelligente de feu Jerry Finn tire le meilleur parti de chansons construites avec méthode et qui fournissent au soliste un écrin parfait pour poser sa voix. Years of Refusal est un album plus sombre et réussi que ses deux prédécesseurs, un album organique qui travaille le contraste entre la dynamique des arrangements et du son (le métallique et quasi parfait "I’m Ok By Myself", les athlétiques "Sorry Doesnt Help" et "Something Is Squeezing My Skull") et le lyrisme résigné et mélancolique du chant.
Morrissey a rarement asséné ses textes d’une manière aussi sèche (d’où l’accusation en pauvreté), et jamais aussi bien chanté que sur cet album. Le titre d’ouverture "Something Is Squeezing My Skull" est une démonstration de savoir-faire à cet égard. Morrissey chante : "there is no love in modern life. It’s a miracle I even made it this far. Diazapam, valium, lithium, tarmazpan, ECT,… how long must I stay on these stuffs? Don’t Gimme anymore.” On ne peut pas l’accuser d’en faire des tonnes, ni de ne pas parler de son époque.
Le single "I’m Throwing My Arms Around Paris", seul morceau ouvertement commercial du lot, montre qu’il peut encore, en 2mn30s, emballer un single "à sa façon" en se frisant la houpe. Sur "When I Last Spoke To Carol", superbe composition anachronique aux sonorités mariachis, Morrissey fait de la mort d’une jeune femme une fable haute en couleurs. La musique tisse la légende entre Morricone et le rythme martial d’une corrida mexicaine, avant que des cuivres n’enfouissent un dernier couplet déchirant. "It’s Not Your Birthday Anymore", par delà le clin d’œil au "Unhappy Birthday" sur Strangeways, est archétypal de ce qui fait l’intérêt du Mancunien aujourd’hui. Comme Elvis en son temps, comme Sinatra et Scott Walker, Morrissey dégage vocalement une émotion infinie et indicible de héros bravache et faux-loser magnifique. Même cantonné à la sphère intime, Morrissey a l’écriture assassine qu’il s’agisse de perdre ses jambes dans un accident de voiture et de moraliser à froid "there are things worst in life than never being someone’s sweetie" sur "That’s How People Grow Up", ou de conclure de manière définitive que ce sera lui contre le reste du monde désormais sur l’épatant "I’m Ok by Myself".
A l’approche de la cinquantaine, Morrissey n’a plus réellement besoin du monde qui l’entoure pour exister. Son art se nourrit sur la bête elle-même mais n’en est pas moins indispensable que par le passé. Les vers splendides qui émaillent ce Years of Refusal et la qualité du chant font oublier aisément les séquences anodines ou mollassonnes. Après 26 ans de vie commune, on l’aime presque comme au premier jour…
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