Years Of Refusal de Morrissey



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Le Roi Lyre à son meilleur



Depuis son retour en 2002, Morrissey a renoué avec un certain succès critique, enchaîné les tournées triomphales et engrangé des profits considérables mais pas encore regagné pleinement la confiance d’une fanbase exigeante qui lui reproche de n’avoir jamais retrouvé le niveau d’excellence de Vauxhall and I. A tort, si on écoute ce neuvième album avec la bonne paire d’oreilles…
Avec ses 12 titres, dont 2 sont déjà sortis sur sa dernière compilation et 3 l’accompagnent depuis un an en tournée, Years of Refusal mérite son procès.

Mélodies dans le coma

Ses défauts sauteront aux oreilles des non-initiés : l’album est gonflé par un assemblage ronflant de batteries, de guitares rock et de tours de passe-passe à la production, qui masque mal la faiblesse mélodique et le manque d’imagination de ses lieutenants. La musique est d’un autre âge, mais ce n’est plus, depuis longtemps ce qu’on vient chercher ici. "All You Need Is Me" est prévisible, "Mama Lay Softly On The Riverbed" atonal, "Black Cloud" anecdotique et "You Were Good In Your Time" ralenti et prolongé par deux minutes d’un extrait de film français quasi inaudible. Morrissey a laissé tomber, à quelques exceptions près les chansons d’émotion à caractère social qui faisaient son génie et se concentre désormais presque exclusivement sur des lamentations égotistes de haute volée et des complaintes sentimentales. Il n’en reste pas moins que Years of Refusal est une pièce unidimensionnelle qui parle du personnage, de son manque d’amour, de ses failles et accessoirement de nous comme aucun autre.

Le gang des voix légendaires

La production intelligente de feu Jerry Finn tire le meilleur parti de chansons construites avec méthode et qui fournissent au soliste un écrin parfait pour poser sa voix. Years of Refusal est un album plus sombre et réussi que ses deux prédécesseurs, un album organique qui travaille le contraste entre la dynamique des arrangements et du son (le métallique et quasi parfait "I’m Ok By Myself", les athlétiques "Sorry Doesnt Help" et "Something Is Squeezing My Skull") et le lyrisme résigné et mélancolique du chant.

Morrissey a rarement asséné ses textes d’une manière aussi sèche (d’où l’accusation en pauvreté), et jamais aussi bien chanté que sur cet album. Le titre d’ouverture "Something Is Squeezing My Skull" est une démonstration de savoir-faire à cet égard. Morrissey chante : "there is no love in modern life. It’s a miracle I even made it this far. Diazapam, valium, lithium, tarmazpan, ECT,… how long must I stay on these stuffs? Don’t Gimme anymore.” On ne peut pas l’accuser d’en faire des tonnes, ni de ne pas parler de son époque.

Le single "I’m Throwing My Arms Around Paris", seul morceau ouvertement commercial du lot, montre qu’il peut encore, en 2mn30s, emballer un single "à sa façon" en se frisant la houpe. Sur "When I Last Spoke To Carol", superbe composition anachronique aux sonorités mariachis, Morrissey fait de la mort d’une jeune femme une fable haute en couleurs. La musique tisse la légende entre Morricone et le rythme martial d’une corrida mexicaine, avant que des cuivres n’enfouissent un dernier couplet déchirant. "It’s Not Your Birthday Anymore", par delà le clin d’œil au "Unhappy Birthday" sur Strangeways, est archétypal de ce qui fait l’intérêt du Mancunien aujourd’hui. Comme Elvis en son temps, comme Sinatra et Scott Walker, Morrissey dégage vocalement une émotion infinie et indicible de héros bravache et faux-loser magnifique. Même cantonné à la sphère intime, Morrissey a l’écriture assassine qu’il s’agisse de perdre ses jambes dans un accident de voiture et de moraliser à froid "there are things worst in life than never being someone’s sweetie" sur "That’s How People Grow Up", ou de conclure de manière définitive que ce sera lui contre le reste du monde désormais sur l’épatant "I’m Ok by Myself".

A l’approche de la cinquantaine, Morrissey n’a plus réellement besoin du monde qui l’entoure pour exister. Son art se nourrit sur la bête elle-même mais n’en est pas moins indispensable que par le passé. Les vers splendides qui émaillent ce Years of Refusal et la qualité du chant font oublier aisément les séquences anodines ou mollassonnes. Après 26 ans de vie commune, on l’aime presque comme au premier jour…     

benjamin Le 15 février 2009
Morrissey accusé de racisme, Morrissey qui embrasse Paris, Morrissey va à la boulangerie...retrouvez toutes les aventures du Moz sur son fil actu - Morrissey plus célèbre que Jésus ? - Réserver vos places pour Morrissey en concert - Certains groupes devraient-ils ne pas se reformer ? Suivre la polémique de début 2009 sur le blog musique