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Génie précoce (elle a enregistré son premier tître à trois ans !!), fille de musiciens, Shara Worden nous avait impressionné avec Bring Me The Workhorse (2006), son premier album enregistré sous le doux nom de My Brightest Diamond: un mélange explosif de rock et d’arrangements classiques. Rebelote avec son (grand) petit dernier, A thousand shark’s teeth, dont certains enregistements datent d'avant Bring Me...: on est à nouveau par terre.

Après cette claque, petite chute de tension salvatrice : le pouls se ralentit légèrement sur "Ice and storm", plus calme, mais tendu, comme dans l’attente d’une prochaine déflagration sonore…Les violons et les guitares épousent avec fluidité les variations vocales imposées par la diva Shara. Au détour de "If I were a queen", oasis mélancolique tout en pizzicati, surgit même le fantôme de Nick Drake. On jurerait avoir vu passer le River Man sur sa barque, fredonnant son "Cello Song"…Sur "Apples" , Shara Worden se fait plus joueuse. Rythme sautillant des xylophones, sur de papillonnantes harmonies de violon qu’auraient pu tresser un autre drôle d’oiseau…Andrew Bird.
Merveilleuse escapade, vite assombrie par le riff tubesque de "From the top of the world". Un riff qui évoque la grammaire musicale du Radiohead période "Creep"/"High and Dry", alors que le timbre profond et classieux de la dame s’approche de celui d’Alison Goldfrapp. Les cors français retentissent : quel souffle épique ! My Brightest Diamond se hisse alors vers des cimes indéfinies, quelque part entre le raffinement de Ravel et le lyrisme de Jeff Buckley.
Autre grande force de My Brightest Diamond, sa capacité à créer de prégnantes atmosphères. Sur Black and costaud, elle est lugubre : derrière un opaque nuage de clarinettes, on distingue une voix tremblotante et lointaine en français ("you stupid chose"...), comme sortie d’un caveau à vampire de la Hammer ou d’un décadant cabaret abandonné. Même atmosphère noire et brûmeuse sur "Goodbye Forever", rythmée par le ressac d’une marée de violons aussi sombre qu’inquiétante. "Come closer to meee"…chante-t-elle, charmeuse en diable. L’ambiance théâtrale revient sur "To Pluto’s Moon", une des grandes chansons de l’album. Accompagnée d’une harpe, Shara avance, décidée, sur un rythme de trip hop. Cette grosse ligne de basse addictive trouve un écho plus discret sur Bass Player, qui porte bien son nom. On reste dans le la sphère trip-hop avec "Like a Sieve", qui sample Tricky, mais fait surtout songer aux expériences rythmiques déglinguées de Psapp.
Entre mélodies somptueuses et expérimentations indie, Shara Worden nous mène par le bout du nez, jusqu’à "The Brightest Diamond", qui clôt l’album en beauté. Aussi douce que menaçante, la chanson s’écoule comme une berceuse susurrée par l'ensorceleuse Shara Worden. Cette voix…assurément le plus étincelant diamant de Shara.

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