Neil Young est en colère contre le président des Etats-Unis. Ce n'est ni la première, ni la dernière fois, mais jamais auparavant il ne l'avait crié aussi fort.
L'album Living With War de Neil Young est, mine de rien, une petite révolution pour l'industrie musicale : sorti du studio d'enregistrement, streamé, distribué sur iTunes puis sur de bons vieux CD en l'espace d'un mois, c'est le premier album d'un artiste majeur (à la fois artistiquement et commercialement) à profiter à ce niveau de la réactivité permise par le net. Nous pourrions dresser un parallèle avec Bubble, le film de Steven Soderbergh sorti simultanément en salle, en DVD et en téléchargement et qui a tellement fait peur à l'industrie du cinéma. Mais à l'inverse du film de Soderbergh, ici le contenu à éclipsé le contenant. Alors que Bubble était un film "auteurisant" à faible potentiel commercial, un titre comme "Let's Impeach the President", avec ses cent choristes et ses samples de discours du plus jeune des présidents Bush, était certain d'attirer l'attention des médias, particulièrement maintenant que le-dit président semble avoir perdue son aura post-11 Septembre.Il n'aura donc échappé à personne que nous avons à faire à un disque politique, et le mode de distribution, comme la musique, ne sont là que pour servir le propos.
Musicalement, il n'y a là rien de bien nouveau, et au trente-neuvième album de Neil Young, il faudrait être naïf pour s'en étonner. Le seul élément inédit, ce fameux chœur de cent personnes, est une figure de style politique bien avant d'être un choix artistique, ce qui nous épargne heureusement d'un effet "les choristes" (ceux du film) prétentieux au profit d'un puissant appel à se joindre au chœur pour entonner un "Flags of Freedom" libérateur.
De même, l'urgence qui a présidé au projet, autant dans la conception que dans la distribution - une chanson composée le matin étant parfois enregistrée dans l'après midi - a incité Young à produire son disque le plus brut et le plus incisif depuis longtemps. On le sait au moins depuis Tonight's the Night, ses disques ne sont jamais mieux servis que crus.
L'on pourrait aussi voir comme une conséquence de la précipitation les "emprunts" dans le songwriting, de l'évidente altération du "Chimes of Freedom" de Dylan à l'utilisation de l'hymne américaine "Star Spangled Banner" dans la chanson titre. Il s'agit pourtant d'un choix délibéré du canadien. Après tout, il a plus de chansons dans son placard que beaucoup d'artistes dans leur entière discographie, et il est toujours capable de pondre une dizaine de chansons originales sans même y penser (un don admiré dans les années soixante-dix, et enduré dans la décennie suivante). Il faut plutôt y voir, au delà de clins d'œils appuyés (City of New Orleans dans "Let's Impeach the President"), une volonté de s'inscrire dans une tradition de chanteurs folk qui s'avéraient éditorialistes autant qu'artistes, transformant les informations en chansons. Woody Guthrie a chanté des dizaines de faits divers sur le même air, que Dylan et d'autres n'hésitaient pas à reprendre pour y poser leurs propres mots.
Et quels sont les mots de Neil Young, justement ? On l'a connu en hippie pacifiste et anti-sudiste comme en supporter homophobe de l'Amérique de Reagan. Il serait hypocrite de s'émouvoir de ses revirements politique quand son impulsivité est justement ce qui fait la force de sa musique. Son histoire est celle d'un homme qui toujours veut croire et chaque fois est déçu. Sa relation d'amoureux sans cesse éconduit par un pays qui n'est pas le sien a toujours été au cœur de son œuvre, et il n'est donc pas si étonnant qu'après le très va-t-en guerre "Let's Roll", il signe aujourd'hui un disque anti-Bush des plus virulents, évoquant la guerre en Irak (évidemment), l'ouragan Katrina, le Patriot Act... Inutile de vous dresser une liste complète des méfaits de Georges W. Bush.

C'est simple, c'est même simpliste, et ça prête le flanc à toutes les critiques les plus faciles. En toute honnêteté, si les idées défendues m'étaient plus antipathiques, je serais sûrement en train de vous expliquer combien l'entreprise est démagogue. Mais ça n'est pas le cas, alors allons-y, tous en choeur : "Let's Impeach the president for lyin'"...
Living with War
Neil Young
Warner Music
Sortie en mai 2006
Sur le web :
Sur Flu :
- Le fil Neil Young sur Playlist
Sur le Web : - Le site officiel de Neil Young, avec l'album entier écoutable en streaming. - Vivre avec la guerre : qu'est ce que c'est ? Reportage photo du Detroit Free Press, pointé sur le site officiel de Neil Young. - La fiche bio de Neil Young sur Ados.fr
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