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Des artistes de la scène "alternative" américaine des années 90, peu on si mal vieilli que Reznor. Musicalement et lyriquement il n’a tout simplement jamais changé (ce n’est pas un compliment). Oh bien sûr il est trop doué comme producteur pour réellement se répéter, sa palette de sons est vaste et il a avec lui l’évolution de la technologie pour toujours le propulser en avant. Year Zero nous a, en particulier, été présenté comme l’album du renouvellement, une œuvre très éléctro et intransigeante à l’exact opposé de ce qu’était With Teeth, l’album précédent plutôt bien reçu par la presse après l’insulaire The Fragile. C’est donc exactement ça : un disque éléctro, avec un faible taux de pop qui a tout pour satisfaire les fans et faire fuir les autres. Cette opposition n’est que surface pourtant : Reznor a bien laissé ses guitares hors du coup et passé encore plus de temps que d’habitude sur son laptop mais la seule véritable différence est une différence de degré. Mélodiquement, vocalement, et esthétiquement rien n’a changé depuis le premier album. Il y a un "concept" derrière Year Zero, une histoire de futur cyberpunk qui en fait aurait aussi bien pu être celle de n’importe quel de ses albums, avec lesquels Year Zero aurait pu échanger quelques chansons sans qu’on s’en aperçoive.
Marketing Viral
Reznor déteste ce mot, considérant qu’il s’agit d’une composante à part entière de "l’œuvre" Year Zero, mais c’est pourtant bien une entreprise spécialisée dans le marketing viral qui a organisé pour lui une chasse au trésor sur le net qui a fait pas mal parler au début de l’année. Les choses ont commencé avec une URL cachée dans un T-Shirt promotionnel et une clé USB contenant le premier mp3 de l’album trouvée dans les toilettes d’une salle de concert. De là, les choses ont évolué d’une façon totalement opaque pour nous autres non fans, des sites du gouvernement néo-conservateur du futur Year Zero et ceux des hackeurs de la résistance dévoilant chacun à leur tour un peu plus d’un futur un peu ringard. Tout comme la musique qu’il promeut, ce très réussi coup marketing s’adressait en priorité aux fans, ceux qui avaient l’envie de consacrer leur énergie à au moins suivre sur les blogs le jeu de piste complexe joué par les plus acharnés qui se poursuit jusque sur le CD dont la face imprimée à l’encre thermoréactile révèle une nouvelle pièce du puzzle une fois le disque joué.
C’est que Reznor voit tout en noir et blanc, dans sa relation au public comme dans ses paroles : il y a les fans, les "purs", et les autres ; Year Zero qui se pose forcément en opposition à With Teeth comme dans ses paroles où l’on est soit un ange descendu du ciel soit une ordure fasciste, soit avec la résistance soit avec l’Empire. "Vous êtes soit avec moi, soit contre moi" semble dire Reznor, à la manière du président qu’il entend fustiger dans cet album. Dans la réalité pourtant, tout n’est pas noir ou blanc : With Teeth n’était pas si différent de son successeur et Year Zero n’est pas fondamentalement mauvais comme cette chronique peut le laisser croire. Si vous ne connaissez pas le Nine Inch Nails d’avant ou si au contraire vous l’aimez trop pour vous lasser de le voir se déplacer au rythme des continents, l’album pourrait bien vous plaire. Tout comme vous plaira peut-être le suivant, celui d’encore après et ainsi de suite jusqu’à ce que Reznor, vieil artisan indus, casse sa pipe sur le métier, sans doute.
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