Peaceful, The World Lays Me Down de Noah and the whale



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Spleen économe, joie intense



Les feuilles des arbres tombent comme les banques américaines, il fait moche, c’est la crise…Ne soyez pas grognons, voilà pour vous un Prozac de saison, Peaceful, the world lays me down, couché sur disque par les Noah and the whale. En dignes héritiers de Belle and Sebastian, ces anglais férus de films de Wes Anderson signent la BO parfaite de l’automne : pop et folk, naïve et raffinée, entraînante et mélancolique. Jubilatoire !

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Avec son premier album, Noah and the Whale ne révolutionne pas la musique, mais s’inscrit dans une veine indie pop des plus enthousiasmantes, précieuse et rassurante comme une fidèle bande de poteun soir de cafard. A la croisée de Belle and Sebastian (en plus folk), de The Wedding Present (en moins noisy) et de Neutral Milk Hotel (en plus pop), les quatre anglais menés par Charlie Fink savent concocter des miniatures immédiatement attachantes. On s’y sent chez soit.

La voix du folkeux Fink, mi-amusée, mi-blessée, fait penser, dans ses intonations, à celles de Bonnie Prince Billy ou de Smog, mais avec la morgue nasale et détachée d’un Jonathan Richman, assorti du flegme tout britannique d’un David Gedge. Enluminés par les ravissants chœurs de Laura Marling (leur joker de luxe, comme Isobel Campbell chez les Belle and Sebastian), le barde se hasarde et ose, déballe doucement ses peines de cœur, en souriant vaguement.

Naïves, sincères, coloriées avec tendresse, les pop songs de Noah and the Whale avancent ainsi, en titubant, timides et rêveuses, avec la démarche cabossée des beautiful nerds en jogging filmés par Wes Anderson, qui malgré tout leurs échecs, prennent peu à peu confiance en eux. Ces anti-héros secrètement romantiques, qui rougissent pour un rien, et cachent derrière leur gêne un mal-être parfois suicidaire.

Les Noah and the Whale, dont le nom fait directement référence au déchirant film Les Berkman se séparent (The Squid and the whale de Noah Baumbach…produit par Wes Anderson) cultivent ce perfectionnisme "indie" du spleen économe, modeste dans ses moyens mais finalement attrape-cœur. Ce qui donne des chansons-vignettes adorables – mais pas cucul ! -, comme si le gros Daniel Johnston, moins enfermé dans sa cave qu’à l’accoutumée, avait enfilé une tenue bleue pastel et jaune canari, et s’était mis à gambader dans des décors verts en 2D, colorés au feutre - Avec un souci du détail de maternelle, c’est-à-dire d’orfèvre farfelu : les cheminées solidement installées de travers et le soleil calé pile à l’angle du cadre.

Les discrets arrangements de cordes, de cuivres et de vents, à croquer, savamment distillés, donnent une jolie ampleur (parfois proche d’Arcade Fire) à ses mini-envolées lyriques, émouvantes ("Give a little love"), dansantes comme une fête irlandaise ("Rocks and daggers") ou totalement irrésistible comme "5 years time". Un morceau qu’on devrait faire écouter de force à tous les dépressifs incurables, tant il est difficile de ne pas succomber à tant de candeur pop, de joie simple, où la mélancolie, pudique mais réelle, la dispute à l’euphorie et la fête, à la fanfare sautillante et maladroite, ivre d’amour absolu…et toujours insatisfait.

 

 

Eric Vernay Le 28 October 2008
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