Bienvenue en 1995Il faut moins de dix secondes pour se sentir bien dans le nouvel album d'
Oasis. Dix secondes d'un riff de guitares cosmique qu'on prend d'abord pour une réminiscence des Stones Roses de
Ian Brown avant que la voix nasillarde et laid-back de Liam Gallagher vienne signer
"Bag It Up", l'impeccable premier titre de
Dig Out Your Soul. Oasis fait du Oasis, mais du Oasis première époque (
Definitely Maybe vs
Morning Glory) : textes limpides, guitares millimétrées et montées en mur du son par des réverbs et des tas d'effets spéciaux. Bienvenue en 1995.
"The Turning" confirme la sensation agréable d'un déjà-vu de qualité : une section rythmique bien en place déroule jusqu'à un refrain agaçant
"So Come On / You say you want to disappear/ So Come On". Comme le veut désormais la règle chez les Gallagher, le titre s'époumone au-delà des 5 minutes réglementaires, le temps que tout le monde s'amuse à faire cracher son instrument en un chorus instrumental un tantinet éreintant (il faudra un jour créer un mouvement de protestation contre les chansons pop devenues trop longues) mais plutôt inspiré.
"Waiting for the Rapture" est le premier des titres chantés par Noel Gallagher et ne s'extirpe jamais d'une mélodie poisseuse poussée par un son rock FM du plus mauvais effet.
"The Shock of the Lightning", le premier single, se laisse redécouvrir avec un certain plaisir et se hisse parmi les meilleurs morceaux du groupe : Liam est l'une des voix les plus précieuses de la planète pop, capable de faire passer n'importe quel texte idiot pour quelque chose de cool. Il chante
"there's a hole in the ground, through which i'm falling. Come here. Come out. Tonight. Love is a time machine. Up on the silver screen. Love is a litany. A magical mystery" et tout le monde y croit. Brit pop nous voilà.
Maréchal Lennon, nous voilà !
Les Oasis sonnent forts et compacts, atteignant un degré de cohésion sonore qu'ils avaient perdu depuis quelques albums. Noel ouvre son petit
John Lennon illustré sur l'acoustique et intemporel
"I'm Outta Time". C'est beau et triste comme de la pop vintage. Oasis sait faire et il ne faut pas se forcer beaucoup pour trouver que les années 60 avaient du bon. Une petite astuce de production (merci Dave Sardy) rend même la dernière minute assez intéressante, avant que le duo dynamique n'enchaîne sur un décalque un peu trop appuyé des Fab Four, cette fois, le misérable
"(Get Off Your) High Horse Lady", ennuyeux à crever. Ca ne s'arrange pas vraiment avec l'atmosphérique
"Falling Down" qui ressemble à l'un des titres pénibles et boursouflés du dernier album de leurs anciens concurrents,
The Verve : planant, psychédélique et trop brumeux pour susciter l'adhésion.
Oasis n'est un grand groupe que quand ses membres battent le pavé, que quand ils se baladent dans la rue et crachent sur votre revers de manche pour vous faire du gringue.
"To Be Where There's Life" (du guitariste Gem Archer) revient exploiter la veine Beatles période
"A Day In The Life" Pour les Nuls. On aime si on veut, mais le morceau sent trop le réchauffé pour faire illusion. Il faut le puissant
"Aint Got Nothing" pour faire oublier cette mauvaise séquence. Liam libère sa gorge magique pour un obus d'à peine 2 minutes qui fait oublier les rêves de démesure de son frangin : le titre est méchant, hargneux et a toutes les qualités d'un futur single...des Who.
Andy Bell, dont on ne dira jamais assez l'importance qu'il a désormais dans le son des Mancuniens, livre une première composition pour le groupe,
"The Nature of Reality", un peu pataude et qui nous fait verser une larme de nostalgie sur le cadavre (exquis) de Ride.
Dig Out Your Soul se referme sur le beau
"Soldier On", appliqué et délicieusement hypnotique. Liam chante comme il a toujours fait : en donnant l'impression de se secouer la langue avec la main pour en faire tomber les mots. C'est beau ? C'est (pas) neuf mais on s'y fait avec le temps.
Avec seulement trois ou quatre titres incontournables, un ou deux tubes en puissance, Dig Out Your Soul est un album qui n'est ni bon, ni mauvais. On aurait aimé entendre plus la voix de Liam Gallagher et un peu moins les guitares de son frère, mais pouvait-on s'attendre à autre chose ? L'aîné des deux frères a remis la main sur sa franchise et la tord comme une barre d'acier pour lui donner des fausses allures de Beatles contemporains. Entre le cover band de luxe et un excellent groupe de second rang, nourri aux Floyd, aux Doors et aux musiques américaines, Oasis hésite encore et toujours entre ce qu'il est et ce qu'il ne sera jamais... comme chacun d'entre nous.
benjamin
Le 05 October 2008
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