Saxophoniste, trompettiste, violoniste et compositeur, Ornette Coleman est l'une des personnalités emblématiques du free jazz. Personnage curieux et artistiquement ouvert, il étend son influence du jazz des années 60 jusqu'à la pop musique et les avant-gardes de la fin du XXème siècle et du début du XXIème. ”
Né en 1930 à Fort Worth au Texas, une ville où sévissait très fortement la ségrégation, Ornette Coleman étudie le saxophone alto puis ténor en autodidacte à l'âge de 14 ans. Son père disparût quand il avait 7 ans, sa mère travailla dur pour lui offrir son premier instrument. La légende veut qu'il élabore ce qui deviendra son style si personnel à partir d'un livre d'initiation au piano ! Comme beaucoup de ses coreligionnaires précoces, Coleman joue très tôt dans des orchestres du Sud des Etats-Unis, mais au contraire de ceux-ci, c'est plutôt dans le rhythm and blues qu'il officie.
En 1954, il part s'installer à Los Angeles où il étudie l'harmonie et la théorie musicale, toujours par ses propres moyens, tout en travaillant comme liftier dans un grand hôtel. Los Angeles est alors le grand chantier du free jazz, mais Ornette Coleman a du mal à y faire sa place. Pourtant, en 1956, il rencontre le bassiste bebop Red Mitchell et le saxophoniste au style puissant Lester Koenig. Celui-ci enregistre pour Contemporary Records et profite du talent de Coleman pour jouer certains morceaux. Cette session donnera naissance au premier album de Coleman, le bien nommé : « Something Else » ! Fort de ce succès, il obtient ses premiers engagements en 1957, et joue dans de nombreux club à L.A., puis part à New York, où il fait sensation en jouant du saxophone alto en plastique ! C'est aussi l'époque où il rencontre le trompettiste
Don Cherry, avec qui il entame une longue collaboration.
Dés 1959, Ornette Coleman est à l'origine d'un vrai buzz médiatique. Son style très personnel et sa théorie musicale qui ne l'est pas moins suscite de nombreuses controverses. C'est la période où il entre en studio pour enregistrer des albums aux titres emblématiques qui illustre sa vision de la musique : « The shape of jazz to come » ("les bases du jazz à venir"), « Change of century » ("Le changement du siècle"), « This is our music » ("Ceci est notre musique"). Déjà, les bases harmoniques et structurelles de son album mythique de 1960 au titre en forme de manifeste, « Free Jazz », sont déjà présentes. Bientôt, il s'associe avec Robert Palmer, un partenaire qui restera longtemps dans l'ombre de son oeuvre. Les années 1961 et 1962 voient également Coleman étudier le violon et la trompette, ajoutant ces deux instruments à la gamme de ses possibilités. Il enregistre alors le très émouvant « Skies of America ». Un album étrange où il invente le concept fumeux d'harmolodie.
En 1973, Ornette Coleman part au Maroc, pays où il rencontrera les Master Musicians of Joujouka, confréries de musiciens mythiques dont les racines remontent jusqu'aux esclaves noirs déportés d'Afrique au Maroc par les arabes. Suivra un voyage au confluent du Niger. Ces expériences apportent encore beaucoup à Coleman et celui-ci développe un jeu plus dynamique accordant une place prépondérante à la basse électrique et à la batterie. A partir de ce moment, Ornette Coleman poursuit une carrière quelque peu chaotique. Tentant de multiples expériences, il enregistre toujours régulièrement, en particulier avec un de ses anciens quartettes aux côtés du grand Don Cherry, ainsi qu'avec le guitariste Pat Metheny et Jerry Garcia du Grateful Dead. Pour l'heure, Coleman est tenté par l'intégration de musiques traditionnelles, de rock et de funk à son free jazz hors normes. Une orientation qu'il illustre avec son groupe electro-acoustique Prime Time. En 1978, on le voit aux côtés du saxophoniste free-punk new yorkais, James Blood Ulmer.
Dans les années 90, on le voit jouer au mythique festival de Montreux en Suisse, de nouveau accompagné des Master Musicians of Joujouka. Sa prestation déclenche un tollé et de nombreux spectateurs quittent la salle. En 1998, il signe « Virgin Beauty », toujours accompagné par le guitariste Jerry Garcia. Il élabore également la B.O. de l'adaptation du « Festin Nu » de
William Burroughs par
David Cronenberg en 1999. Il se produit également sur Scar de Joe Henry en 2001 et accompagne
Lou Reed en 2003. Il continue de se produire régulièrement à travers le monde et enregistre toujours des albums d'avant-garde. Styliste hors pairs, dynamiteur de style, Ornette Coleman ne fait toujours pas l'unanimité, mais reste un des musiciens de jazz des plus innovants et passionnants.