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Orson - Bright Idea

Le nouveau son pompe-rock


Mercury Records - Universal


De salle en salle, de rade en rade, Orson a enfin réussi à se tailler la part du lion avec Internet. Puis vient le concert de Manchester, le gros contrat avec Universal. Sous leurs pas, le sol se tapisse de billets et le monde se met à genoux devant "un gimmick accrocheur et totalement imparable". Quelle peut être la recette d'un tel succès, pour un groupe qui aura mis six ans avant d'exploser ?

Orson vient du pays du sourire levant, Hollywood. Sunset Boulevard porte les pas du groupe depuis l'an 2000, où les noms de stars figés dans le ciment crient encore les heures de gloire passées. Dont le nom d'Orson Welles. C'est en référence au réalisateur que les 5 américains ont baptisé leur formation. Double guitare, une configuration power pop dont se réclame Jason Pebworth, un style qui se permet de rivaliser en séduction immédiate avec le disco punk des Electric Six. Un style vaudou qui possède votre pied droit et le fait tapoter dessous la table à chaque passage de leur titre phare "No tomorrow".

Des inconnus qui s'illustrent
Dans le fond, on ne connaît d'Orson qu'un single. Des guitares chantantes et suraiguës qui vous restent en tête. A la manière d'un "My favorite game" des Cardigans. Le journaliste Paul Rees, du magazine Q, soulignait dès décembre 2005 la popularité du tube sur iTunes, connu depuis comme le single le plus téléchargé de l'histoire d'Apple. Qu'en est-il de l'album ? Le même Paul Rees nous assène une vérité qui remplace tous les communiqués de presse des meilleurs attachés. "La raison pour laquelle Orson est un groupe qui assoit et capte immédiatement l'attention est simple : ils composent des chansons géniales". Tout est dit. Tellement, même, que personne n'ose plus rien ajouter après. Place à la musique, donc.
Une écoute, deux écoutes. Dix écoutes. La même consternation. Quelle fièvre enthousiaste a bien pu se saisir des critiques pour couronner Orson alors qu'il peine à se hisser au rang de Dauphin un peu flippé. Le terme le plus exact pour définir le contenu serait "medley ". Chaque morceau est empreinté, non, pillé sur des standards hyperconnus que la postérité de l'Internet efface au rouleau compresseur, nivelant la route pour les groupes sur-lookés et photogéniques.
Une rétrospective des 10 à 15 dernières années du pop rock et du rock, compilés en un album. Plus fort que les MEGA Guinguette en double CD. On pourrait penser à l'hommage appuyé, l'inspiration lourdingue du débutant, le pastiche non-assumé. Au pire, un télescopage à l'insu de leur plein gré. Ce serait un peu trop indulgent, malgré tout, pour arriver à donner des excuses à des copies carbones.

Queen, the Police, AC/DC, Black Sabbath, Blur, tout y passe, moulinés façon Recycle-O-Tron. Un peu de disco pour diluer le tout, des mesures reproduites avec fidélité dans les réglages des guitares et les choix des accords. On zappe quelques notes afin de rendre le plagiat moins évident, et en route vers le disque de platine. Alors que Bright Idea nous place dans une ambiance reprise de Sting, "Downtown pousse" même jusqu'à calquer son envolée sur "Take me out" des Franz Ferdinand. "Tryin to help" se contente de piocher dans ses vieilles partitions de Placebo pour nous pondre sa nappe guitares pendant que "Look around" ressemble de bien trop près à "Angel" de Robbie Williams. Supergrass et même George Michael y sont injectés quasiment tels quels.
Le génie, ce n'est plus vraiment ce que c'était. Mozart avait déjà beaucoup relativisé ce domaine en vous permettant de battre votre cousin Régis au 421 tout en produisant une Sonate du feu de dieu, grâce à sa méthode des dés, mais là... Paul Rees devait avoir la tête dans le Q quand il s'est prononcé. Rires enregistrés, rideau. Merci public.

"Le meilleur groupe de 2006" mais surtout de juillet
Kenneth Chinn et Caroline Wampole de Big Soul avaient été surpris de leur ascension de l'époque. "Tu tapes dans un palmier là-bas et des groupes comme nous, il en tombe dix". Un duo qui n'était pas dupe de son succès. Qui prendra l'initiative d'aller maltraiter les arbres de Sunset Boulevard pour vérifier l'adage avec Orson ? Ce que The Darkness avait réussi en pastichant Queen jusqu'à l'overdose, dans un délire glam décalé, Orson le rate lamentablement par son manque de fantaisie.
Trop sérieux, trop appliqué, peut-être. Jason Pebworth parle avec un grand respect, avec admiration même, de ses sources musicales. Jeff Buckley, Led Zeppelin, ELO, les Flaming lips. D'abord sur les planches dans diverses troupes de théâtre avant de bifurquer vers rockstar, Jason a gardé l'affection de la scène et du Music Hall. Broadway l'attire profondément. Ne sachant pas jouer de la guitare, il compose au piano pour tous les titres. Un jeune totalement imprégné de l'ancienne école. Tatoué à un point qu'il n'arrive plus à se détacher de ses amours, il régurgite les albums dévorés par le passé.

Orson tombe dans le panier de linge sale des succès éclair, que l'on aura tôt fait de passer à la machine à remixer. Malgré l'indéniable efficacité du style, on en est encore aux erreurs de jeunesse de ceux qui n'ont pas encore réussi à se libérer de leurs Maîtres à rocker. Une formation d'enfants-rois que l'on a posés sur le trône avant qu'ils n'aient réellement pu faire leurs preuves.
Bizarrement, plus les groupes se donnent d'airs, moins ils ont de souffle. Maintenant qu'Orson a assuré son avenir, il pourra peut-être changer de fournisseur en mélodies, arrêter de surcharger son caddie au supermarché des riffs surgelés. Et nous offrir un plat frais, original.
Le cinéaste maudit disait : "La chose la plus mauvaise artistiquement obtient commercialement, et de loin, le plus de succès."
A méditer, des paroles de Welles à l'attention d'Orson.

Bright Idea
Orson
Mercury Records - Universal
Sortie le 3 juillet
Rémi Vermont.

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Sur le web : - Le site officiel d'Orson - La page Mysace d'Orson - La fiche Orson sur Ados.fr

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