Epiphanie de Para One

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Et Para One paraît

Para One s'est enfin décidé à tenter l'aventure en solo. Son premier disque perso, Epiphanie, espéré depuis un bon moment par sa grandissante communauté de fans, n'est pas une ode à la galette de frangipane mais le décollage d'une carrière prometteuse, placée sous le signe de la rencontre entre hip hop et musiques électroniques.
Si son nom ne vous dit rien, c'est à peu près normal. Para One est le producteur qui se cache derrière la moitié des morceaux de Bâtards Sensibles, le dernier album de TTC. "Dans le club", c'est lui.
Avec Epiphanie, Para One quitte l'ombre du studio. Celui dont le nom était auparavant toujours écrit en petits caractères au dos des albums passe sur le devant de la scène... et de la pochette. Buste affiché en grand et pose fière façon catalogue La Redoute, regard dans le lointain : maintenant c'est lui la star.

Né Jean-Baptiste de Laubier, Para One fait partie de cette nouvelle génération d'artistes gravitant dans le milieu hip hop sans pour autant venir de la cité. La "street credibility" tant affichée par certains, il s'en moque. A 8 ans, il découvre Public Ennemy, c'est la révélation. JB fait ses premières armes dans le rap en lançant son propre groupe en 1993, et produit ses propres mixtapes en 1997. Mais c'est en 2000 que sa carrière de producteur démarre vraiment. Il se fait une réputation en collaborant avec Tout Simplement Noir, ATK, Nouvelle Donne et d'autres. Son premier EP est bouclé dans la foulée. C'est là qu'il rencontre le groupe TTC et peaufine sa "patte" sonore : mélange tonitruant de hip hop et d'électro.

En marge de ses expériences précédentes, Epiphanie est avant tout un album électronique. De son parcours hip hop, Para One a conservé cette recherche permanente de l'efficacité : de la mélodie qui accroche tout de suite le tympan et du beat lourd retourneur de dancefloor. Une constante que l'on retrouve tout au long de son album. Epiphanie, dans son ensemble, est un voyage multi-facettes à travers l'itinéraire musical de Para One.
"Piste bleue", concentré vintage et punchy de 2 minutes censé évoquer son passé de skieur de compétition, annonce directement la couleur. Retour rapide à la house d'antan avec "Midnight Swim" et ses parties vocales répétitives. On décolle littéralement sur l'acid house survoltée de "Dudun-Dun" morceau rappelant les Daft Punk des années fastes et dont la puissance n'a rien à envier à du Vitalic d'aujourd'hui. "Musclor" nous replonge dans l'ambiance "gangsta rap second degré" made in TTC, ici en featuring. Un titre jouissif, décalé et ultra puissant dans la droite lignée de "Dans le club".

Para One sait tout faire et nous ménage quelques temps de pause avec le planant "Def Tea Machine" et l'apaisant "Bobble", dans lesquels on distingue un chouia de Boards of Canada. Nul doute que le label Warp à hanté notre ami, qui se prend pour Aphex Twin en faisant s'entrechoquer les sons et hurler les machines, notamment sur "Sages Femmes" et "Nobody Cares". Ce panorama ne s'arrête pas là et passe également par l'eurodance : merci à "Liège" et son doux parfum d'années 90, qui s'évapore progressivement pour devenir plus profond au fil des minutes. "Ski lesson blues", inspirée de Giorgio Moroder est une conclusion émouvante et toute en rythme.

Derrière la froideur et la fadeur de la pochette se cache un opus d'une grande richesse, multicolore et bourré d'idées. Un disque "né dans la douleur", à la fois passéiste et actuel. Avec Epiphanie, Para One se met en avant, évoque son histoire et ses inspirations. Une démarche pas si fréquente pour un artiste électro, en opposition à celle des Daft Punk, dont l'ombre plane sur ce bel album. De là à en faire un successeur des musiciens masqués, il n'y a qu'un pas, qu'on hésitera pas à franchir tant est grand le talent de ce Para One.

Epiphanie
Para One

Naïve
Sortie le 6 juin 2006

Sylvain Langlois Le 21 June 2006

Sur le web : Sur le Web : - le site officiel de Para One - le blog myspace de Para One - la vidéo de présentation d'Epiphanie