The Bachelor de Patrick Wolf



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Autoportrait musical



Ca faisait déjà trois albums que Patrick Wolf était très bon mais surtout prometteur. Avec The Bachelor il parvient enfin à satisfaire toutes nos attentes. Mais le chemin pour en arriver là n'aura pas été simple...

Pendant la tournée de The Magic Position, Patrick Wolf a eu l'idée de son opus suivant. Il s'appellerait Battle et il traiterait de politique. On en trouve encore des traces dans The Bachelor : "Hard Times", le premier single extrait du disque, ou la chanson "Battle" ont des accents guerriers, tendance révolutionnaire romantique. Rien de bien précis côté politique, cependant, ce ne sont pas des portests songs. Wolf n'est pas du genre à donner des noms ou à prendre des positions bien claires, la politique semble l'intéresser plus pour l'aspect humain, les concepts généraux...

Ce qui l'intéressé, c'est ce que la politique peut apporter à l'art, pas l'inverse. Il utilise l'image du combat politique comme un prétexte à sortir les violons et les chœurs et à laisser sa voix prendre ses accents les plus théâtraux. Wolf est une diva et il a besoin de drame pour s'exprimer pleinement.

Il s'est de toute façon passé quelque chose entre le projet Battle et le résultat The Bachelor : pendant la tournée, Wolf a souffert d'une grave dépression et a annoncé au monde qu'il abandonnait la musique. Il n’a heureusement pas longtemps tenu parole et la bataille qu'il avait prévu de chroniquer a alors quitté le terrain politique pour celui de l'esprit.

"Hard Times" et les autres marchent tout aussi bien comme hymnes du combat contre la dépression et ce qui est en train de devenir The Bachelor gagne au passage quelques chansons déchirantes, pleines de piano et de choeurs plaintifs. La chanson titre sonne comme une marche funèbre irlandaise. "Blackdown" le voit passer du plus profond désespoir à un état de défiance à la fois politique et psychologique, de ballade tristoune au piano à gigue électro... La politique devient une métaphore des états d'âmes de l'auteur et inversement et l'album n'est que plus riche de la dépression de Wolf.

L'histoire ne s'arrête cependant pas là : plus ou moins sorti de sa dépression, juste avant d'entrer en studio Wolf est tombé amoureux et décide qu'il doit intégrer cet épisode-là aussi dans ce qui devient un ambitieux projet d'autoportrait musical. Tellement ambitieux, en fait, qu'il se rend bientôt compte qu'il a écrit de quoi enregistrer deux albums pour un diptyque dont la suite The Conqueror sortira l'an prochain (à moins que Wolf ne se fasse larguer, auquel cas dieu sait ce qui pourrait arriver). The Bachelor, pour ceux qui ne regardent pas M6, ça veut dire "le célibataire", bien sûr, et ce premier album reste plutôt centré sur la politique et la dépression, le happy end amoureux de Wolf n'étant évoqué qu'en passant vers la fin, comme un teaser pour la suite.

Cette genèse complexe aurait pu faire de l'album un fatras désordonné et prétentieux, elle fait heureusement de The Bachelor le meilleur album de Patrick Wolf. Il a, en effet, toujours été un accro au drame, voire au mélodrame, et cette situation personnelle précaire et complexe est un matériau parfait pour lui. Un véritable égocentrique ne se contente pas longtemps des mythes et autres histoires qui ne parlent pas de lui. Wolf a besoin de vivre des situations à la hauteur de ses ambitions musicales, et celles si passent à la fois par l'électro, la musique irlandaise, la pop de Kate Bush et la chanson baroque de Scott Walker. Aussi haute soit son opinion de lui même, Wolf a tout de même eu l'intelligence de faire appel à de prestigieux collaborateurs : Alec Empire, Eliza Carthy, Matthew Herbert et l'actrice Tilda Swinton apparaissent tous sur le disque.

Certes, Wolf trébuche à plusieurs occasions sur son propre égo : "Who Will" est plus démago que les plus sirupeux moments de Coldplay, "Battle" est une improbable aventure sur le terrain de Muse et sur "Damaris" ou "The Sun Is Often Out" les chœurs semblent une résolution facile et systématique à des chansons que Wolf ne sait plus comment finir. C’est sans doute le prix à payer quand on admire un personnage aussi imbu de lui-même. Heureusement, la corbeille est toujours là.

2goldfish Le 15 June 2009



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