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Nationalité : américaine Mort le : 2000 Label : Domino Recordings Genre musical : Rock |
Après sa séparation officielle (1999-2000), Pavement fait aujourd’hui partie de l’histoire du rock et est cité par les plus jeunes comme une référence ; ce fait reste une curiosité, tant le groupe aura semblé échapper, toute son existence durant, aux honneurs, à la respectabilité et aux salamalecs qui viennent avec le statut de groupe culte. Passé le malencontreux succès de "Cut Your Hair", en 1994, single imparable embarqué sur le beau et présentable Crooked Rain, tout aura été avec la bande à Malkmus une histoire de malentendus et de contretemps.
Alors que la reconnaissance semblait pointer le bout de nez et avec elle le succès commercial (et mainstream), les hommes de Stockton (Californie) se sont salement défilés, assénant alors qu’on les attendait ailleurs, un Wowee Zowee insondable et qui dérouta par son éclectisme. Malkmus aurait pu alors s’imposer comme l’un des frontmans les plus classieux du marché. Fin et longiligne comme un adolescent américain, nourri au lait de vache et à la vitamine C, dégaine décontractée sexy mais un peu subnormale de pop star intello-californienne et dents blanches souriantes : tout était prêt pour l’explosion. La musique du quintet était taillée pour l’exploit, comptant en ses rangs des titres qui n’auraient pas dépareillé dans les Top 50 de l’époque. Les "Goldz Sound", "Fight This Generation", "Stereo", "Shady Lane" auraient mérité un sort international. Pavement fut tiraillé par des problèmes internes qui avaient secoué d’autres groupes avant eux (indie or not indie ? faut-il ou ne faut-il pas ? et si le leader n’était pas celui qu’on croit ?) avant de revenir en 1999 avec un Terror Twilight qui posait maladroitement au vedettariat. Manque de bol, le vent avait tourné et ce qu’ils auraient voulu faire alors –vendre des disques par wagons- n’advint pas. Produit par Nigel Godrich, le dernier essai du groupe, le plus léger et marketé du lot, passa à côté de son public, laissant Pavement figé dans l’indie comme on est figé dans le marbre.
L’histoire véritable de Pavement démarre comme celle de la plupart des groupes américains qui comptent avec un rêve bohème et quelques bouffées de liberté prises entre fils de bonne famille (juive) à la fin (ou au début) d’études universitaires à moitié réussies. Stephen Malkmus rencontre Scott Kannberg qui se fait alors appeler Spiral Stairs. Les deux s’allient à un vieux hippie viré alcolo-clodo qui tient un infâme studio près de chez eux. Comme le hippie sait jouer de la batterie (Mr Fantastic Gary Young), Pavement presse quelques CD majestueux en guise de cartes de visite qui sont lancés comme des petites bombes low-fi à la conquête des milieux universitaires. Ce qu’on n’appelle pas encore une hype enfle autour de ces raretés, "Demolition Plot", "Perfect Sound Forever". Les titres sont produits à la truelle mais il faut être sourd pour ne pas voir que Malkmus a le sens des mélodies et que le groupe est capable de produire une musique brute, sauvage et en même temps aussi mélodique et étudiée qu’un bon Beach Beatles.
En 1992, les Pavement décident de passer professionnels et enrôlent l’un de leurs fans à la basse (le médiocre Mark Ibold) et un ami, Bob Nastanovich aux percussions. Slanted and Enchanted, leur premier album, circule pendant quelques mois sous le manteau des critiques et des étudiants, avant d’exploser à la face du monde comme un album qui compte. Gary Young pète les plombs à la fin de la tournée qui suit (il passe les concerts à faire le poirier autour de sa batterie ou au bar plutôt que de jouer) et se fait vider courageusement par le bon Bob, son meilleur ami de l’époque.
Slanted and Enchanted est, d’une certaine façon, un album emblématique du génie de Pavement. Malgré quelques titres faiblards ("Two States"), l’album est ramassé (14 titres), puissant et énergiquement décontracté. Les textes de Malkmus sont étranges et suffisamment ouverts pour donner l’impression qu’ils veulent dire quelque chose. Les mélodies sont soigneusement dissimulées sous un son brut, chargé en guitares, en rythmique mais étrangement pauvre en basse. Ibold fait de la figuration, tandis que les guitares de Malkmus et Kannberg donnent l’impression que Pavement est une formation taillée pour le Blitzkrieg, à la fois canon à longue et lourde portée mais d’une légèreté qui lui permet de se transporter aussi facilement du côté de la pop (l’évident "Summer Babe") que du côté du punk ("No Life Singed Her") ou du rock à tiroir ("Loretta Scar’s"). Les titres sont composés de bouts assemblés à l’arrache, de crescendo decrescendo que la voix de Malkmus dévale avec une belle attitude comme l’on ferait du skate board. Le groupe se la joue cool et décalé, semble ne pas croire à ce qu’il fait et devient l’emblème d’un esprit qui n’existe que dans la littérature : le mouvement slacker à la glandouille et à la désinvolture. Douglas Coupland y consacrera plusieurs livres. On croit que les Pavement portent le baggy et passent leur journée assis au coin de la rue à écouter leurs cheveux pousser.
Après Slanted and Enchanted et… Gary Young, remplacé par Bob Nastanovitch et Steve West à la double batterie, Pavement s’achète une conduite et semble franchir un palier. Crooked Rain s’impose dans les classements annuels comme l’un des albums de 1994. Derrière le hit "Cut Your Hair", des titres éblouissants de facilité et de maîtrise donnent un aperçu des capacités du groupe. Pavement exprime l’âme d’une jeunesse qui…se touche ("Silence Kit"), se cherche ("Stop Breathing" en complainte romantique), rêve de larguer les amarres ("Elevate Me Later" et à peu près tous les titres du groupe évoquent cette idée de prendre le large, de quitter la ville trop petite, trop connue) et se demande si ce après quoi elle court (une vie normale, le succès) vaut la peine ("Range Life"). Les titres expriment tantôt l’amusement, tantôt une sensibilité libertaire ("Heaven Is A Truck"), partout une curiosité au monde qui apparaît à la fois étrange, décourageant et digne d’être parcouru. Pavement est le groupe de la liberté domestique et de la banalité transcendée dans l’art. Le surréaliste clip qui accompagne "Cut Your Hair" (Malkmus reçoit un sceptre, un martini et une couronne et se met à pleurer) dit peut-être ce qui se passe dans la tête d’un groupe qui étrangement refuse de grandir.
Lorsque Wowee Zowee arrive en 1995, on sent que Pavement a choisi d’expérimenter et de ne pas rentrer dans la case dorée du groupe dont on attend tout. Le groupe écrit beaucoup (18 titres plus quelques uns qui agrémentent d’impeccables singles comme "Rattled By The Rush") mais se refuse à rejeter quoi que ce soit. Du coup, l’ensemble perd en homogénéité et devient l’album le plus foutraque qu’on puisse imaginer. Kannberg se sent des ailes et réussit à placer son chant à droite à gauche. Malkmus donne le meilleur de lui-même et amène "We Dance", "Father to A Sister of Thought", ou "Grounded" à des sommets de beauté classique. Pavement exprime la force, la mélancolie, bombe le torse et s’épanche dans le même mouvement.
Brighten The Corners, leur quatrième album, fonctionne sur le même mode. "Passat Dream" et "Date With Ikea", composés par Kannberg, font un peu tâche dans un ensemble de 12 titres dominé par un Malkmus qui brille presque par intermittences. "Stereo" (sur un jeune groupe qui entend pour la 1ère fois son disque passer à la radio) et "Shady Lane" figurent parmi leurs meilleurs morceaux, comme "Old To Begin" et ses 3 minutes 22 secondes qui s’interrogent sur le temps qui passe. Après la bombe Wowee Zowee, on sent que Pavement a encore envie de s’institutionnaliser (les paroles sont pour la première fois fournies avec le livret) mais n’y croit plus vraiment. Les ventes ne sont pas mauvaises mais ne sont pas suffisantes pour contenir les rivalités qui minent le groupe de l’intérieur : la dualité Malkmus/Kannberg, la concurrence (surtout) d’autres centres d’intérêt. Les membres du groupe élèvent leurs familles, vivent éloignés les uns des autres et commencent à être aspirés par d’autres projets. Malkmus fraie avec David Berman et enregistre avec les Silver Jews. Les autres s’amusent à droite à gauche et nourrissent cette image de dilettantes, doués mais finalement trop paresseux, pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
Comparée aux premières années, la musique de Pavement tend à se ramollir, à devenir moins surprenante tout en gardant ce charme classique qui emprunte par sa simplicité mélodique à The Fall – qu’ils décalqueront à 2 ou 3 reprises, déclenchant la colère deMark E. Smith - ou à Echo and the Bunnymen (qu’ils reprendront pour un "Killing Moon" ou un "The Classical"), et par son goût des échappées vagabondes à Captain Beefheart ou au Love d’Arthur Lee.
Terror Twilight vient conclure en demi-teinte une aventure qui finit moins bien qu’elle n’a commencé. Le disque pensé pour le mainstream est trop aseptisé pour les fans de la première heure malgré quelques chouettes morceaux ("Spit on A Stranger", "The Hexx" qui préfigure les travaux solo de Malkmus) et pas assez simplet pour emballer les foules, malgré là aussi quelques concessions sautillantes ("Carrot Rope", "Billie") à l’air du temps. Le groupe de tous les talents semble condamné à produire une musique toujours un poil trop intelligente pour l’époque. Fin 1999, Malkmus met en scène la fin du groupe en apparaissant menotté au pied de son micro lors du dernier concert londonien de la tournée Terror Twilight. Il indique par là qu’il est devenu prisonnier du groupe et de son succès, que l’émotion n’y est plus. Par ce dernier geste, de dépit et de lassitude, le groupe s’offre une chute théâtrale et qui peut passer, avec un peu de mansuétude, pour un dernier acte de courage. L’indie band américain le plus célèbre des années 90, le plus représentatif des contradictions du rêve américain, adepte de l’évasion sonore, se retire sans avoir cédé aux sirènes des majors, sans avoir connu un succès qui l’aurait (peut-être) tué aussi bien (ou aussi mal) que sa propre fuite en avant. Comme les Smiths avant lui, Pavement meurt pour ne pas être devenu Nirvana, laissant une œuvre moins consistante que celle des Pixies (qui ne commettront aucun écart musical, eux) mais sûrement aussi riche et fulgurante. Ceux qui suivront n’auront plus le loisir de transiter aussi longtemps dans les zones tampon du succès et devront toucher le jackpot au premier essai (Interpol, The Strokes, Artic Monkeys) ou périr. Pavement est le groupe étendard d’une histoire qui n’existera jamais plus.
"Everything is ending here" conclut Malkmus en refermant par un somptueux "Here", dix années d’une aventure à la fois modeste et mémorable, depuis définitivement anachronique.
Par Benjamin Berton (mars 2008)
| Nom du titre | Ecoute | Année | Noter ce titre ! |
| You Are The Light | ![]() |
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| The Killing Moon | ![]() |
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| Carrot Rope | ![]() |
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| The Porpoise & The Hand Grenade | ![]() |
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| Rooftop Gambler | ![]() |
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| . And Carrot Rope | ![]() |
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| Spit On A Stranger | ![]() |
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| Folk Jam | ![]() |
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| Major Leagues | ![]() |
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| Decouvert De Soleil | ![]() |
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| Major Leagues (demo) | ![]() |
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| Stub Your Toe | ![]() |
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| The Hexx | ![]() |
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| Speak See Remember | ![]() |
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| Billie | ![]() |
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| Ann Don't Cry | ![]() |
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| Platform Blues | ![]() |
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| The Classical | ![]() |
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| Major Leagues | ![]() |
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| Your Time To Change | ![]() |
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| Cream Of Gold | ![]() |
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| Stereo | ![]() |
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| Westie Can Dram | ![]() |
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| Winner Of The | ![]() |
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| Shady Lane (krossfader) | ![]() |
Inconnue |
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Toute la discographie de Pavement
![]() Carrot Rope |
![]() Crooked Rain Crooked Rain |
![]() Major Leagues |
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![]() Terror Twilight |
![]() Westing (by Musket And Sextant) |
| Personnalités Similaires | Sebadoh, Stephen Malkmus |
| Inspirations | The Fall, Echo and the Bunnymen, Captain Beefheart, Twisted Charm, Los Campesinos, Folks |
| Collaborations | Thurston Moore, Nigel Godrich |
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regis
Lundi 24 mars à 15:35
le plus grand groupe du monde, tout simplement. Achetez les disques de pavement c'est comme découvrir le rock ou la baise, rien de moins. |
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A voir également :
![]() Sebadoh |
![]() The Fall |
![]() Echo and the Bunnymen |
![]() Captain Beefheart |
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