I Feel Cream de Peaches



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Sexual Healing



Peaches, l'intransigeante canadienne, revient avec I Feel Cream, un album aux connotations sexuelles toujours évidentes et au groove qui fait frémir sous de la ceinture, mais dont les qualités mélodiques et une certaine douceur rendent les avances de la dame plus acceptable. 2009, année Peaches ?

Au sein d'une scène électro souvent aseptisée, Peaches pourrait passer pour une sorte de monstre de foire. C'est que sous son incarnation actuelle, Peaches, de son vrai nom Merrill Nisker, s'est imposée en moins de dix ans comme une anti-conformiste et une iconoclaste inclassable.


Jamais là où on l'attend cette ex-comparse du sur-médiatisé Gonzales (au sein de The Shit) se met continuellement en scène. Prêchant pour la vulgarité quand toute la scène électro ne jure que par l'élégance, militant pour la visibilité quand tous les producteurs se cachent dans leurs studios ou derrière leurs laptops. Peaches est rebelle, elle vocifère volontiers et rue dans les brancards. Quand elle s'engage sur la pente (savonneuse) de l'exhibitionnisme, c'est sous couvert de discours féministe, ce qui ne l'empêche pas de tempêter contre les féministes intégristes en dénonçant l'hypocrisie de celles qui en veulent mais n'osent pas l'avouer.


Sur disques, Peaches secoue son public à coup de "Shake your dick" ou "Suck my tities like you wanted me", alterne power pop et electroclash, hip hop white trash et R'n'B dessalé sans jamais choisir son camp. Bref, Peaches est de ces artistes véritablement "transgenre", dont les bravades provoquent l'admiration comme l'agacement.

Je fonds pour les formes

Ses gesticulations ne sont pourtant jamais gratuites. Souvenez-vous de la femme à barbe de Fatherfucker et du provoquant Impeach My Bush, double allusion à la "touffe" qu'elle revendique comme l'accessoire numéro 1 de la féminité, et à la procédure d'impeachment qui permet à des hauts fonctionnaires de destituer un président aux Etats-Unis. Un titre qui visait bien évidemment Bush Jr, et par la même occasion, son prédécesseur Bill Clinton, mis en accusation pour abus... de "touffe" justement !


À la manière de Nina Hagen dans les années 70, Peaches considère que la soit-disant libération des moeurs n'est qu'un faux semblant politiquement correct, et que la société est toujours aussi machiste. Une accusation qui s'applique particulièrement au music business. I Feel Cream, son nouvel album au titre aussi évocateur que volontairement obscur ("to cream" en anglais ayant des connotations franchement pornographique) semble pourtant annoncer, sinon un ramollissement, au moins un peu plus de douceur dans ce monde de brute en jupon.


Reste que si la donzelle "fond" ("to cream" donc), on ne sait pas pour qui ! Toujours aussi aguicheuse ("Serpentine"), sa musique tout en basse ondulante parle encore de sexe cru ("Fuck you like a billionaire"), de la face sombre des rapports homme-femme, de soumission et de domination, mais la jeune femme l'exprime de manière moins agressive, presque câline. C'est clair, sur I Feel Cream, on aurait tendance à fondre pour la nouvelle forme de Peaches.

Du sexuel au conceptuel

Chez Peaches, le sexe en ce qu'il nous révèle dans nos moments de plus grande vulnérabilité, est une façon d'appréhender les zones de fractures des individus. En entomologiste de la sexualité, la canadienne collecte et analyse les comportements amoureux, les disséquant souvent dans la nudité d'un éclairage cru que certains prennent pour de la pornographie. Elle l'a souvent dit, en musique comme dans l'intimité, Peaches est pour le brouillage des genres, au sens sexuel (mâle-femelle) comme musical.


C'est peut-être pour mieux faire passer son message qu'elle enjolive ses nouveaux morceaux de synthés new wave, osant même des ballades et des déclarations d'amour détournées ("Talk To Me", "Billionaire", "Lose You"), sur des compos toujours accrocheuses, voire ultra-percutantes ("More"), au kitsch et au mauvais goût assumé (et à ce titre, elle rejoint la vaste cohorte des retro-futuristes que sont LCD Soundsystem, Neon Neon, Tiga ou The Juan Mclean). Ce qui laisse voir, ou du moins entendre, un apaisement, voire un réel bien-être, qui transpire de ce disque et permet enfin à sa musique érogène et suréaliste de séduire le plus grand nombre.


A ce titre, le single "Talk To Me" s'impose avec la subtilité d'un piège à ours. Les plus naïfs des teenagers qui achèteront l'album sous couvert d'un revival FM 80 passe-partout, se retrouveront avec le résumé déjanté de trente ans de musiques électro-pop entre les mains (en gros de Suicide à Missy Elliot), et rien que pour ça, cela vaut le coup d'acheter cet album de Peaches.

Maxence Grugier Le 05 mai 2009
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