Un créateur ne cherche pas le succès immédiat. ”
Le compositeur français Pierre Henry est l’une des forces pivot du développement de la musique concrète, devenant le premier musicien formellement éduqué à dédier son talent et sa vision au médium électronique.
Né à Paris le 9 décembre 1927, il entre au Conservatoire de Paris à 10 ans, étudiant le piano avec Nadia Boulanger, les percussions avec Felix Passerone et la théorie avec
Olivier Messiaen. Pourtant, Henry a peu de considération pour les instruments de musique traditionnels, préférant largement les expériences à partir de sources non-musicales. Avec le temps, il se fascine pour l’intégration de bruits et de dérangements dans le processus de composition.
En 1949, à 21 ans, Pierre Henry rejoint l’équipe du studio électronique de la RTF, fondé cinq ans plus tôt par
Pierre Schaeffer, et s’immerge lui-même entièrement dans la musique électronique. Naturellement, il prendra la tête du Groupe de recherche de Musique concrète pendant la plus grande partie des années 1950. Henry compile aussi un catalogue de tous les sons potentiellement utilisables d’un point de vue musical, des pleurs d’animaux à des variations de vitesse, soit énormément de choses qu’il considère supérieures aux instrumentations conventionnelles. Il s’en inspire en 1950, lorsqu’il compose, en compagnie de Schaeffer, la « Symphonie pour un homme seul », une oeuvre en douze mouvements employant des sons du corps humain. Il continue seul en 1951 avec la première oeuvre considérée comme de la musique concrète, « Le Microphone bien tempéré », et jalonne ce nouvel art avec « Musique sans titre » et le « Concerto des ambiguïtés » (combinant un piano à son panel de sons distordus).
Pierre Henry n’a de cesse de développer la musique concrète, autant dans la théorie que dans la pratique durant les années 1950 et 1960, composant plus de 30 œuvres complètes pour le cinéma ou la scène. En 1958, conscient que ses réalisations pour la musique concrète doivent évoluer, il quitte la RTF pour fonder avec Jean Barronet le studio Apsone-Cabasse, le premier studio électronique privé de France, ouvert à tous les pionniers électroniques du monde entier. De cette fusion avec l’électronique pure, Henry sort l’année suivante « Coexistence » et « Investigations », suivies par « La Noire à soixante » en 1960. Puis sa musique évolue vers des sphères plus spirituelles et méditatives, jusqu’à arriver à « La Messe de Liverpool » en 1968, commandée par la ville pour la consécration de la Cathédrale du roi Christ. Dans les années 70, il s’implique énormément dans des travaux de grande échelle, avec des effets de lumière élaborés, comme la « Mise en musique de Corticolart » ou « Kylderstück ». Il profite aussi de sa renommée pour rendre hommage à ses inspirations, comme le futuriste italien
Luigi Russolo, auteur de « The Art of Noises », dans une pièce de 1975 nommée « Futuriste ». En 1979, « La Dixième Symphonie » poursuit les neuf symphonies de Beethoven.
Henry continue de travailler dans un panel musical extrêmement varié, allant jusqu’au rock alternatif américain du trio Violent Femmes. En 1997, il achève "Intérieur/Extérieur", une commande de Radio France qu’il déclare être le point culminant de sa vie artistique. Influence majeure de la musique électronique, Pierre Henry est célébré dans l’album Métamorphosé, compilant des remixes de ses œuvres par
Coldcut,
DJ Vadim, William Orbit,
Fatboy Slim ou
Funki Porcini.