Pigalle, le punk à jet d'eau de François Hadji-Lazaro. Au début des années 80, celui-ci a digéré Dylan,
Malicorne et
Fréhel. Il joue dans le métro parisien et dans un groupe folk nommé Pénélope. En 1982, il fonde
Pigalle qui mélange le rock et la chanson française sombre et nostalgique des années 30 et 50. Pour gagner sa vie, il s’improvise sonorisateur et videur dans une boîte de nuit qui accueille tous les groupes de punk du moment. Au fil des rencontres, il crée, en 1985,
Les Garçons Bouchers (avec d’abord Eric Blitz et puis Piero Sapu au chant) dont le punk incisif et l’humour grinçant tranche avec le répertoire de Pigalle. Le succès tombera sur la tête des Bouchers avec
"La bière", une ode à la boisson mais aussi au cercueil qui devient un véritable hymne pour les keupons de l’époque. Les fans réclament des disques et François, farouchement indépendant, décide, la même année, de créer son label de disques, Boucherie Productions qui montre une vraie ouverture d’esprit avec variés que La Mano Negra, Paris Combo, Les Elles,Sttellla, Gabriel Yacoub, Wally, Les Tétines Noires, Freedom For King Kong.
Dans la foulée, il rejoint
Manu Chao pour un projet folk rock déjanté: Los Carayos. Devant mener de front trop d’activités, François décide alors de mettre fin à Pigalle, enregistrant un soi-disant dernier album. Ce sera
Regards affligés… qui sortira le groupe de l’ombre grâce à la chanson
"Dans la salle du bar-tabac de la rue des martyrs". FHL jonglera dès lors entre les trois groupes, jusqu’à la fin des Carayos au début des années 90. Quant aux Garçons Bouchers, ils se séparent en 1995. Et Pigalle donne son dernier concert à l’Olympia en mars 1998. De cette période, il faut aussi retenir
François détexte Topor (1996), un album inspiré et puissant où FHL met en musique des textes glauques et barrés de Roland Topor.
Un débandant
En 2001, une page est tournée. Amer devant les réalités du marché, mais fier d’avoir tenu quinze ans en toute liberté créatrice et heureux d’avoir pu faire connaître une multitude de talents, FHL est aujourd’hui conscient que fonder un nouveau label serait suicidaire. Il poursuit alors sa route en solo et signe chez Island/Universal pour quelques albums et la réédition de la discographie de Pigalle et des Garçons Bouchers. Certains le lui reprochent. C’est oublier que le lascar, quelques années plus tôt, avait refusé d’être racheté par la major, préférant lui donner une belle mort, en faisant en sorte que chaque groupe puisse partir sans y perdre des plumes. Si FHL a signé chez son pire ennemi, c’est qu’il ne voit malheureusement plus d’autres chemins solides pour exister.
Aujourd’hui, Pigalle repart en tournée après dix ans d’absence et sort
Neuf & occasion, un double album composé d’une compilation mêlant dix-huit titres anciens du groupe à six nouveaux titres inédits et d’un DVD documentaire dressant un portrait fort attachant de l’homme-orchestre, augmenté des sept clips de Pigalle. D’emblée, il faut avouer que les nouveaux titres entièrement joués par FHL sont clairement dans la lignée des trois excellents albums solo que le chanteur a sortis depuis 2002
Et si que…?,
Contre-Courant et
Aigre-doux ).
Pigalle fut le précurseur de la chanson néoréaliste rock musette. Et le groupe, porteur de la personnalité créatrice et des convictions de FHL, en fût et redevient l’âme, la plume, la voix, les couleurs musicales pour de nouvelles aventures, dans un autre siècle, plus sourd à ses motivations.