"La plupart des groupes raisonnent en noir et blanc. Nous raisonnons en Technicolor." (Bobby Gillespie, 1991)
Né à Glasgow au milieu des années 80, Primal Scream incarne les hésitations du rock à un moment charnière de son histoire. Pris entre l'esprit revival, toutes guitares dehors, et l'expérimentation électronique, leurs albums sont marqués par une hésitation caractéristique, grâce à laquelle ils ne sont jamais tombés dans la routine. Malgré quelques erreurs, parfois grossières, ils comptent parmi les têtes chercheuses sur lesquelles il faut compter.
C'est en 1984, très précisément, que Bobby Gillespie fonde le Scream, comme on dit. A l'époque, il est batteur dans l'un des groupes majeurs de la batcave,
The Jesus And Mary Chain. Sans doute, les chauves-souris l'ont-elles un tantinet lassé. Sans doute aussi a-t-il envie de donner de la voix, se sentant un peu perdu derrière son instrument au fond de la scène. Toujours est-il qu'il recrute deux guitaristes fans des années 70, Robert Young et Andrew Innes, et que tous trois optent courageusement pour un look de has-been : chemises à fleurs, pattes d'èph, cheveux d'une longueur déraisonnable... Autant de provocations qui se pardonnaient difficilement en ces lendemains de Punk Revolution.
Peu importe : trois ans plus tard, ils font paraître leur premier album, le très discret "Sonic Flower Groove"... Avec un sa production indigente et son label confidentiel, le disque a tout pour devenir un disque culte auprès du public indépendant, même s'il prête à sourire aujourd'hui... Cette application scolaire de la grammaire des
Byrds est toutefois compréhensible et excusable que si on la remet dans le contexte de l'époque : l'apogée de
Duran Duran,
A-Ha et tous ces artistes qui ont inspiré une génération entière de photographes pour salons de coiffure.
Le temps de faire pousser encore un peu leurs cheveux, les Ecossais enregistrent un deuxième album... éponyme, cette fois-ci. Paru en 1989, il manque toujours un peu d'originalité : ce ne sont plus les Byrds qui sont à l'honneur mais le bon vieux garage soul d'antan :
MC5, les Flaming Groovies, un peu d'
Iggy pour la forme... Alors que les Pixies commencent à conquérir le monde, l'effort est plutôt bienvenu, d'autant que certaines chansons, comme "I'm Losing More Than I'll Ever Have" commencent à être mieux écrites.
Mais rien ne laissait supposer "Screamadelica" (1991), un disque dont on n'a sans doute pas assez souligné l'importance. Encouragés par la vague acid-house qui ravage la santé des Mancuniens (des
Stone Roses aux Happy Mondays), les musiciens s'entourent de toute une bande de têtes chercheuses qui officient dans l'underground : les DJ's
Andrew Weatherall et
The Orb, la chanteuse Denise Johnson ou
Jah Wobble, ancien bassiste de
Public Image Limited... Jimmy Miller, l'ancien producteur des
Rolling Stones, se charge pour sa part d'apporter un son rock tout droit sorti des seventies, enrichi de soul et de gospel.
Au bout du compte, il en sort une musique à la croissée des chemins, tournée vers le passé comme vers l'avenir : la parfaite ouverture d'une décennie. Si "Moving On Up" est un classique atemporel, qui aurait pu sortir vingt ans plus tôt, Primal Scream préfigure le trip-hop avec "Higher Than The Sun", trip déconcertante qui s'envole tout doucement dans les hauteurs de l'acide. D'autres morceaux, comme "Loaded" brouillent les pistes. Ce remix d'"I'm Losing More Than I'll Ever Have" déconstruit intégralement le morceau original, pour aboutir à un mélange unique de blues, de house, de gospel et de musique celtique... La voie est ouvertes aux
Chemical Brothers et à tous ceux qui voudront faire de la techno une musique "Peace", "Love" et "Rock'n Roll", loin des froideurs industrielles de
Kraftwerk.
Après de tels disque, le successeur court toujours un gros risque... Primal Scream est trop haut, et Gillepsie attrappe la grosse tête, n'hésitant pas à présenter "Higher Than The Sun" comme "le meilleur single de tous les temps"! Ce n'est pas que "Give Out But Don't Give Up" (1994) soit mauvais : mais son allure de pastiche permanent des Stones a de quoi agacer... Et la presse lui réserve un accueil déplorable. Malgré tout, la collaboration éclairée de
George Clinton et un certain nombre d'excès plutôt sympathiques font de lui un album à redécouvrir.
Avec "Vanishing Point" (1997), le Scream retrouve les faveurs du public et des médias. Toujours psychédélique, le groupe s'offre un retour aux sources de la techno et du dub, sans débrancher les guitares pour autant. En bons amateurs de plantes, ils parviennent à créer des croisements originaux : "Kowalski", "Burning Wheel" ou "
Motörhead" (exactement : une reprise), que tous les amateurs apprécieront. Surtout, l'ensemble s'avère cohérent, construit comme un concept-album autour d'un road movie oublié des seventies.
Depuis, Primal Scream se partage entre les disques expérimentaux ("Echo Dek", recueil de remixes dub de "Vanishing Point"), extrêmes (comme le bien nommé "XTRMNTR", alias "Exterminator", sorti en 2000) ou plus équilibrés, tels "Evil Heat" (2003) - avec sa chansonnette interprétée par
Kate Moss - et "Riot City Blues" (2006), leur dernier opus.
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> Un peu incomplet : permet néanmoins d'écouter des extraits et de voir des vidéos.
> A l'image de l'album, arty et expérimental... Il vaut encore le détour!