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Accelerate est un de ces albums qui tentent, en seulement 30 et quelques minutes concentrées, de remonter le cours du temps (perdu), un de ces albums qui viennent réparer une continuité historique interrompue. Une réussite à l’échelle d’un groupe connu pour ce qu’il sait faire : du rock classique mais un rien atrophié, du rock où le chanteur chante bizarre mais bien, un rock où les guitares jouent comme si elles étaient des guitares et pas des synthétiseurs ou des machines expérimentales, un rock où les chansons comptent des intros, des ponts, des refrains, des choeurs et des couplets à l’ancienne. On peut considérer qu’Accelerate marque le retour de R.E.M. à ses anciennes amours mais aussi à de nouvelles : Stipe a pondu, pour l’occasion, quelques uns de ses textes les plus politiques, les riffs de Peter Buck ont été poli en quelques jours d’enregistrement seulement et la production travaillée soigneusement pour la conquête par le producteur de Bloc Party et d’Editors. Du coup, Accelerate sonne aussi pop que Monster ou New Adventures In Hi-Fi, aussi timbré et engagé que Green, aussi honnête que Document et élégant qu’Automatic for the People. Il faudra attendre les ravages dans les charts de l’évident "Supernatural Superserious", domestiquer la beauté crépusculaire de "Hollow Man" et digérer la vitesse du titre éponyme, pour savoir où placer l’album dans notre classement du cœur. R.E.M. revient et on se dit qu’on pourrait bien, avec leur aide, se remettre à caresser des poitrines (mâtures) sous les arcades d’un temple grec.
Le track by track :
1. "Living Well Is the Best Revenge"
Avec son titre Morrisséen, son rythme hyperspeed et son riff qui tue, la voix écorchée de Stipe, l’ouverture d’Accelerate est à la fois saisissante, désuète et parfaite. Les textes sont impeccables : "Don’t turn your talking points on me / History will set me free / The future is ours./ I’m not one to sit and spin / ‘Cause living well’s the best revenge.” Qui dit mieux ?
2. "Mansize Wreath"
Annoncée comme une face B, la chanson a été particulièrement bien accueillie par le public sur scène et se retrouve donc sur le presage final. Le titre est un peu laborieux (les chœurs de Mike Mills fatiguent un peu) mais fonctionne assez bien sous ses allures garage rock.
3. "Supernatural Superserious"

4. "Hollow Man"
Le titre que préféreront certainement les compagnons de route et les spécialistes. En 2 minutes et 39 seconces, Stipe donne le meilleur de lui-même : entrée en matière sombre et piano solo sur une belle phrase dont il a le secret "I’ve been lost inside my head / Echoes fall on me.", puis déluge de riffs qui le clouent au sol. Le chanteur se relève et en appelle à la foi dans un délire mystique qu’on suit sans trop de mal : "Believe in me, believe in nothing / Corner me and make me something." Il ne veut pas être l’homme invisible. Aucun risque.
5. "Houston"
Beau titre acoustique, habillé à l’orgue, qui donne parfois l’impression qu’il parle de religion. Mais Stipe parle ici (on suppose du moins) du rapport à son pays et au climat qui y règne. On se balade tranquillement en ville avant que le doute n’émerge : "Belief has not filled me, and so I am put to the test", chante-t-il. Se balader au texte doit en effet avoir quelque chose d’effrayant lorsqu’on est chanteur de R.E.M.
6. "Accelerate"
L’un des meilleurs morceaux de l’album sur le fond et la forme. Stipe prône (une fois n’est pas coutume) le retour à un rock instinctif, direct et...hum… brutal (pour R.E.M.). Du coup, le tempo s’accélère et tout le monde en appelle à l’action. Quand il faut y aller, il faut y aller, même quand on ne sait pas où ni comment. "Where is the ripcord, the trap door, the key? Where is the cartoon escape hatch for me?”".
7. "Until the Day Is Done"
Du R.E.M. pur jus pour cette ballade pop dans la grande tradition du genre. Le Roi est Nu, chante sans maquillage, ce qui rend l’expression à la fois désolée et désolante. Le titre renvoie sans doute au morceau similaire de Nick Drake ("When the day is done") mais en élargit le contenu à l’humanité entière. Avec l’âge (et comme Morrissey avec lequel il s’est lié d’amitié), Stipe accentue ses postures christiques. Et ça marche.
8. "Mr Richards"
Contrepied du précédent titre, "Mr Richards" enfouit la voix de Stipe sous les effets spéciaux, place les riffs à l’arrière-plan pour un effet des plus étranges. La chanson gagnera sans doute en identité avec le temps mais convainc à moitié sous cette forme, un peu vaporeuse et mécanique pour séduire au premier coup d’oreilles.
9. "Sing for the Submarine"
Une étrange expérimentation, un titre assez long, très répétitif et qui appelle un jugement sans appel : soit on aime, soit on déteste. La montée des guitares est passionnante et le pont rythmique qui apparaît au milieu du morceau fait son effet. Le titre donne une idée de ce que ferait R.E.M. si Stipe épousait Radiohead. Ce n’est pas aussi ligne claire que le reste, c’est sûrement maladroit en terme de composition, mais ça ne manque pas d’intérêt.
10. "Horse to Water"
OVNI en vue après une séquence ralentie, R.E.M. passe la surmultipliée et nous offre son premier titre punk depuis un bail. Stipe parle et hurle politique. Mills vocalise à l’arrière-plan et Buck tatapoum avec allégresse autour des deux autres. C’est rustique, barbaresque, les guitares crachent dans les coins, ça grésille et ça saigne, mais encore une fois, on se laisse convaincre. L’un des bons morceaux du disque.
11. "I’m Gonna DJ"
Preuve que les R.E.M. s’amusent comme des fous, l’album s’achève sur un titre glam sorti de nulle part et globalement pas très sérieux. Il faut être un groupe sacrément important pour pouvoir se payer ce genre de titres sur un album de nos jours. Stipe parle et chante à la fois, comme s’il avait été hypnotisé par Hal, le robot de 2001, l’odyssée de l’espace. Les paroles sont elles-mêmes assez drôles et surréalistes, mais on s’amuse bien. "Death is pretty final/I’m collecting vinyl/I’m gonna DJ at the end of the world”. Un très joli mot de la fin. On dirait du Bob Sinclar.

R.E.M. - Accelerate
Chez WEA/Warner, mars 2008.
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