Je n'ai jamais voulu être célèbre. Je voulais seulement être génial. ”
Ray Charles n’est rien d’autre que le musicien le plus responsable du développement de la soul music. Des chanteurs comme
Sam Cooke et Jackie Wilson firent de grandes choses pour planter les bases du genre, mais Ray Charles façonne véritablement cette nouvelle forme de pop noire, en mélangeant le R’n B des années 50 aux chants gospels, y ajoutant ensuite la saveur du jazz, du blues et même de la country contemporaine. Puis il y avait son chant, son style fait partie des plus reconnaissables du 20e siècle, avec des stars comme
Elvis Presley ou
Billie Holiday. Ray est aussi un génial claviériste, arrangeur, musicien et leader. La brillance de son œuvre durant les années 1950 et 1960 n’empêche cependant pas d’admettre qu’il n’a produit que peu de classique à partir de la fin des sixties, même s’il a continué de jouer et d’enregistrer jusqu’à l’année précédant sa mort, en 2004.
Aveugle depuis l’âge de six ans (d’un glaucome), Ray Charles étudie la composition et apprend à jouer de nombreux instruments à l’école St Augustine pour les sourds et muets. Ses parents meurent dans son adolescence et il se retrouve à bosser longtemps comme musicien e Floride avant de pouvoir se servir de ses économies pour déménager à Seattle en 1947. A la fin des années 1940, il enregistre dans un style de douce pop R’n B dérivée de
Nat King Cole et Charles Brown, et fait un premier succès avec « Baby, let me hold your hand » en 1951, et quelques autres chansons, entraînantes mais douces et peu originales.
Au début des fifties, Ray tourne avec Lowell Fulson, part travailler à la Nouvelle Orléans avec Guitar Slim et monte le groupe de la star R’n B Ruth Brown. Son travail s’aiguise et commence à se développer pleinement en 1955, lorsqu’il signe chez Atlantic Records. Il sort rapidement « I Got a Woman », souvent considérée comme un pivot de sa carrière, alors qu’il laisse aller ses gémissements gospel sur des arrangements de cuivres serrés mais bondissants.
Il enchaîne alors une série de hits qui, même sans encore s’appeler « soul », pavent la voie au genre en présentant un R’n B sophistiqué, sans en sacrifier l’émotion. « This little girl of Mine », « Drown in my own Tears », « Lonely Avenue », « Hallelujah I love her so », « The Right Time » sont tous des hits majeurs. Mais Ray ne capture réellement le public pop qu’avec « What I’d Say » et sa ferveur d’église mêlée à l’esprit du rock’n roll et à sa ligne de piano électrique. C’est un tabac énorme, qui pousse Ray à quitter Atlantic pour la major ABC. L’une des clauses de son nouveau contrat étant que Ray se voit attribuer un degré supérieur de contrôle artistique sur ses enregistrements. Il s’en sert en bien au début des années 1960 avec des chansons comme « Unchain my heart » et « Hit the Road Jack », qui l’installent confortablement dans son succès.
En 1962, le toujours éclectique Ray Charles surprend tout le monde en se tournant vers la country avec le hit « I Can’t stop loving you » et fait un disque extrêmement populaire (à une époque où les disques de R’n B / soul allaient rarement haut dans les charts) avec Modern Sounds in Country and Western Music. Ray reste extrêmement populaire dans les années 1960, avec des chansons comme « Busted », « You are my sunshine », « Take these chains from my Heart » et « Crying Time », même si son élan est ralenti par une arrestation pour détention d’héroïne en 1965. Cela mène à une année d’absence, mais il reprend là où il s’est arrêté avec le « Let’s Go Get Stoned » de 1966. A cette époque, l’attention de Charles se focalise moins sur le rock et la soul que sur les chansons pop, souvent avec des arrangements de cordes, qui semblent plus être à visée d’un public moins exigeant. Mais l’influence de Ray sur les rockeurs mainstream ne tarit pas,
Joe Cocker et Steve Winwood lui en doive plus d’une, et l’écho de son phrasé peut se ressentir chez des grands comme
Van Morrison.
Son travail dans les années 1970 apparaît ensuite comme assez décevant. Des millions d’auditeurs attendaient de lui un retour à la soul des années 1955-1965, mais Charles n’avait jamais placé la soul au dessus du reste. Comme
Aretha Franklin ou Elvis, son but était plutôt d’explorer une pop protéiforme, son amour du jazz, de la country et des standards pop étant évidents. Il continue d’enregistrer (y compris des publicités pour Pepsi au début des années 1990) mais sa vraie force et d’avoir suffisamment de fans et de puissance pour lever d’énormes concerts dès qu’il en sent l’envie.
Il se fait opérer de la hanche en 2003, tandis qu’un film retraçant sa vie, Ray, est lancé. Une fois rétablit, il écoute les rushes du film, se déclare satisfait, et lance une tournée estivale. Forcé d’annuler un concert en mars 2004, ses douleurs de foie empirent et finissent par lui coûter la vie le 10 juin 2004.
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