Ma vie a été une lutte de vingt ans entre la poésie et la prose, ou si tu veux, entre la musique et le droit… . ”
Robert Schumann est sans conteste l’archétype du compositeur romantique, tant sa vie aura influencé son œuvre. Il naît en 1810 en Saxe d’un père libraire atteint de troubles mentaux et d’une mère souffrant d’une sensibilité morbide. Il est rapidement mis au contact des différentes formes d’expression à sa disposition, composant son premier morceau à neuf ans. Il écrit des drames, un opéra, des esquisses de romans, tout en continuant de composer. Schumann sera confronté très longtemps à des choix : il suit par exemple des études de droit et hésite entre cette discipline et la musique. Il écrit lui-même à sa mère en 1830 : « Ma vie a été une lutte de vingt ans entre la poésie et la prose, ou si tu veux, entre la musique et le droit… ». Il prend néanmoins la décision de parfaire sa technique pianistique en devenant l’élève de Friedrich Wieck ; ce dernier accorde peu d’intérêt au jeune Schumann, lui préférant sa fille, Clara Wieck, pianiste précoce. Schumann se débrouille donc seul, comme il l’a souvent été durant son enfance, et étudie Bach. Le premier malheur de sa vie est sans doute la paralysie de sa main droite dès 1832, suite à l’utilisation d’une machine de son invention destinée à améliorer la vigueur de sa main ! Devant abandonner son rêve de devenir virtuose, il tombe dans une première dépression en 1833. Il a pourtant déjà composé ses premières œuvres : Variations Abegg, Papillons ou encore Toccata et Caprices d’après Paganini.
Lors de ses cours avec Friedrich Wieck, il tombe amoureux de Clara et la demande en mariage en 1835. Friedrich refuse, ce qui plonge Schumann plus avant dans un tourment intérieur. Cette forme de déception lui font produire parmi ses meilleures œuvres : ainsi nacquirent Carnaval, Première sonate suivie de Seconde sonate, ainsi que Phantasiestücke et Novelettes. Cependant, suite à une campagne de diffamation menée par Friedrich contre Schumann, la justice s’en mêle, obligeant le vieux professeur à libérer sa fille qui peut alors se marier avec Robert Schumann en 1840. La période de bonheur qui suivit se ressent intensément dans la musique de Schumann. Il compose en particulier des lieder après avoir découvert ceux de Schubert. Il en produira plus de 200 pendant cette période, cependant réalisés dans un esprit très différent. Les lieder de Schumann sont moins populaires car plus complexes dans leur structure ; de plus, Schumann recherche une plus grande diversité de poètes, utilisant des textes de
Goethe, Heine,
Schiller, Chamiso, Rückert et Mörike. Il donne également une bien plus grande place au piano qui perd son simple caractère descriptif, pour commenter le poème chanté. Les parties où le piano joue seul, en particulier en début et en fin de lied, sont également bien plus nombreuses que chez Schubert. En véritable continuateur de l’œuvre de son aîné, Schumann a su exploiter le lied sous une forme nouvelle et tout aussi réussie que le compositeur autrichien.
Cependant son état mental vacille de plus en plus souvent. De nouvelles dépressions s’abattent sur lui, aggravées par ses échecs comme professeur puis, en 1847, par la mort de son ami Mendelssohn. Ses œuvres se font alors plus sombres : le Concerto pour piano et orchestre, la Deuxième symphonie ou Genoveva en 1848, son unique opéra, puis les Scènes de Faust et le Concertstück en 1850. On lui propose alors un poste de chef d’orchestre à Düsseldorf. Naissent ensuite la Troisième symphonie dite Rhénane, et Le pèlerinage de la Rose, ainsi que de nouveaux lieder. Schumann est pourtant poussé vers la sortie à cause de ses maigres qualités comme chef d’orchestre, en 1854. Il tente de se suicider la même année, ce qui provoquera son internement à l’asile d’Endenich. Malgré la patience et la dévouement de Clara, ainsi que du jeune Brahms, il y mourra deux ans plus tard.
Véritable symbole du romantisme allemand, sa vie peut quasiment être lue au travers de son œuvre. Les sentiments aussi antinomiques que la joie et l’angoisse jalonnent ses compositions, exprimés avec des nuances, une finesse et un talent peu égalés par la suite.