The Rootsman s'est imposé en force au milieu des années 90s, au point de devenir un des leaders de la fameuse vague new-roots qui redynamisa la scène dub anglaise. Comme tous ceux de sa génération, John Boloten est d'abord un adolescent en phase avec le mouvement punk. Au point qu'il jouera, brièvement, de la guitare dans un groupe. Il abandonne au bout de trois concerts ! Mais le mal est fait : cette mouvance lui a fait découvrir le reggae-dub. Et cette passion ne le quittera plus.
Les choses commencent à se mettre en place lorsqu'il débarque en Angleterre, à Bristol ; ville où il demeure encore. Nous sommes en 1983 et il travaille dans un magasin de disque qui s'appelle Roots Record Shop. C'est de là que lui vient son surnom. Cette activité lui permet de commencer à faire des sélections dans des sound-systems et d'animer une émission sur des radios locales et pirates. En 1991, il assure une soirée intitulé Dub Me Crazy, en référence à
Mad Professor.
Il devient résident dans un club à Leeds, le Soundclash, et il croise ainsi le bon docteur
Alex Paterson (
The Orb),
Andrew Weatherall, Justin Robertson… En toute logique, il presse quelques dubplates spécialement pour son sound-system. Le public en redemande et il met sur le marché deux 10", dont le fameux
Koyaanisqatsi (avec des remixes d'
Iration Steppas). Ce sont des collectors. Poursuivant sur cette lancée, The Rootsman monte son propre label : Third Eye Music.
Le premier album à figurer sur son catalogue est celui de Dayjah & The Disciples,
Storm Clouds. Un album puissant ("Lightning", "Thunder", "Chapter 52"), qui a marqué profondément le genre "vocals & dubs"… Celui de Rootsman suit un an plus tard, en 1995. Son titre :
In Dub We Trust. Toutes les caractéristiques de son style y sont déjà concentrées : une trame "symphonique", une tonalité très "warrior" (basse profonde, rythmique cinglante, effets et écho soutenus) et une propension à mêler des sonorités d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ("Western Sahara", "Dubbing the Maghreb").
Il s'intéresse aussi de très près à la cause palestinienne et développera cette démarche au travers de plusieurs collaborations avec le regretté et controversé Bryn Jones aka Muslimgauze (cf.
City Of DJinn, Al-Aqsa Intifada). Mais au-delà du oud et des percus, The Rootsman aime à métisser son dub avec toutes les musiques du monde (cf.
The Final Frontier, 52 Days To Timbuktu). Cela se ressent aussi avec les artistes qu'il invite pour des remixes (parfois très électroniques) ou qu'il produit (Pachakuti, Celtarabia).
Désormais, il assure ses sets avec des toasters. Cette tournure "dancehall", qui parfois vire à la jungle, est matérialisée par un disque avec Daddy Freddy (
Old School, New School) et une série de morceaux avec de vénérables reggae-men (
Horace Andy,
Johnny Clarke, Winston McAnuff, etc.) réunis sur
Tales From The Hood (sur SubverZion) et
New Testament (U Brown, Earl 16). Mais sa rencontre musicale la plus étonnante est celle qui mène avec
The Bug aka Kevin Martin, au travers de Razor X, ostensiblement breakcore et dark-ragga…