Le dub selon Richard H. Kirk
Nombreux sont ceux à être agacés (et le mot est faible) par l'histoire "officielle" de la techno qui voudrait que les musiques électroniques soient
exclusivement nées de l'accouplement du disco et de
Kraftwerk… Contre ce "révisionnisme", on rappellera qu'un courant musical, comme un phénomène social, économique ou technique, naît d'une conjonction de multiples facteurs, d'une cristallisation de potentialités à un moment donné. De fait, la musique industrielle et la bass-music ont aussi présidé à cette l'histoire. Sandoz en est la preuve.
Derrière ce projet, on retrouve Richard H. Kirk dont le parcours musical commence en 1973, aux côtés de
Chris Watson, au sein du groupe electro-indus
Cabaret Voltaire. En ce qui nous concerne, on remarquera qu'
Adrian Sherwood (On-U Sound) les a remixés à plusieurs reprises (cf. "Don't argue : dub", "Here to go : space dub"). Au début des années 90s, ils opèrent un virage vers ce que l'on nommera l'intelligent-techno avec l'album
Plasticity. Un changement de cap brillamment confirmé ensuite avec
International Language et surtout
The Conversation sur Apollo, en 1994.
Un album qui préfigure les aventures solo que Richard H. Kirk entame la même année, dans la foulée de la disparition de Cabaret Voltaire. Il multiplie les pseudos (Agent With False Memories, Nitrogen, Anarchia), signe des albums "ambient-groove" chez Warp (
Virtual State, The Number Of Magic) et sous le nom de code Electronic Eye sur Beyond, label emblématique de l'ambient-dub naissant… Parmi tous ses pseudonymes, Sandoz est plus particulièrement attribué à ses digressions transdubalistiques.
Du dub tribal, constellé de percus et de samples de chants africains. Les premiers disques qu'il réalise sous cette bannière sont encore très marqués IDM bien qu'il affichent plusieurs plages dubby (
Digital Lifeforms, Intensely Radioactive). Cette connotation est d'autant plus surprenante que ces disques sont publiés sur le très expérimental label Touch. Paru en 1996,
Dark Continent marque un tournant. Mais c'est surtout
Chant To Jah qui hisse définitivement Richard H. Kirk au rang des dub-masters.
Récemment réédité par Soul Jazz Records, cet album sera suivi d'autres opus, tel
Afrocentris, King Dread (un maxi un peu plus abstrait), puis d'un deuxième chapitre en 2006,
Live In The Earth, qui présente les mêmes stigmates (rythmiques bien cadencées, samples et sonorités africaines, lignes de basses profondes et préoccupations politiques). En regardant de plus près sa copieuse discographie, on s'aperçoit que Richard H. Kirk proposent occasionnellement d'autres productions sous influence dub en se camouflant, fidèle à son habitude, sous des noms d'emprunts : PSI Punky Dread Allstars, Nine Miles Dub et BioChemical Dread (cf.
Bush Doctrine)