Sarah Vaughan est au sein du trio de tête, avec Billie Holyday et
Ella Fitzgerald, une des plus grandes voix du jazz du XXe. Aussi à l’aise dans la ballade que dans le scat, elle a marqué l’histoire de la musique avec son vibrato et sa voix qui n’a cessé de monter vers le grave au fil des ans. Son sens du rythme et de l’étirement des mots et du temps sont sa marque de fabrique. Elle est La chanteuse du be bop.
Elevée dans une famille musicienne, elle apprend très tôt le chant et le piano, à l’église baptiste. Gagnant le concours de chant amateur du Théâtre Apollo à Harlem, dix ans après Ella Fitzgerald, celle-ci vient même la féliciter. Avec ses trois octaves et demi, elle chante facile et dans tous les registres, projetant et contrôlant sa voix de la douceur de la ballade aux explosions bop. Elle rejoint alors le big band d’Earl Hines puis l'orchestre de Billy Eckstine qui va imposer le be bop avec
Charlie Parker et
Dizzy Gillespie, alors membres de l'orchestre. En 1944, elle enregistre sa version version de "A Night in Tunisia" rebaptisée
"Interlude" avec Charlie Parker et Dizzy Gillespie. En 1949, elle signe chez Columbia et y enregistre abondamment, alternant faces commerciales avec grand orchestre qui sortent chez Mercury avec des faces en petites formations, comme sur With Clifford Brown (1954). En 1958, elle enregistre avec
Count Basie,
No Count Sarah. Avec son contrôle, elle glissait sur plusieurs octaves comme sur "
When you open it to speak" ou dans sa finale "
Each day is Valentine's Day".
Tivoli plénitude
Dans les années 1960, sa voix perd en virtuosité, mais gagne en profondeur sur ses lives au Tivoli de Copenhague en 1963, avec la fabuleuse version de
"Tenderly" ou à Monterey en 1971. Sarah Vaughan joue avec la synchronisation des mots comme si les paroles pouvaient s'étirer pour se produire presque n'importe où par rapport au passage de la pulsation ( «
funny valentine » ou «
heart ») dans les deux premiers vers de la chanson éponyme. Elle enregistre au cours de ces années avec des orchestres symphoniques pour atteindre un nouveau public. En 1982, elle enregistre et produit pour Pablo Records son album le plus personnel. Sassy y choisit les musiciens, les chansons, les arrangements, comme la pochette et le titre :
Crazy and Mixed Up. Ce sera son dernier coup d’éclat. Elle s’éteint en 1990, à Los Angeles après un demi siècle de carrière resté au top. Elle a marqué la jazz par sa sensualité et ses improvisations d’une grande invention harmonique et rythmique.