Près de cinquante ans après sa disparition, le cornettiste Sidney Bechet reste le symbole immuable du Jazz de la Nouvelle Orléans et de l'époque Vieux Style des années 20 et 30. ”
Clarinettiste exceptionnel, Bechet fut très tôt engagé dans les meilleurs orchestres de la ville. Son style inimitable et son sens du rythme à la clarinette ou au saxophone soprano, firent de lui le pilier de ces formations. Maître de l'improvisation bien avant l'heure, il joua très tôt aux côtés des plus grands. En 1917, il quitte la Nouvelle Orléans pour Chicago et dés, 1919, joue dans le Syncopated Orchestra de Will Marion Cook, puis parmi les Jazz Kings de Louis Mitchell en tournée européenne. Les premiers enregistrements de Sydney Bechet datent de 1923. C'est l'artiste et manager Clarence Williams qui prit le premier la mesure du talent de Bechet et imagina son possible succès populaire. Au départ, Bechet accompagnait surtout des musiciens de blues. Il participa également aux sessions des mythiques Blue Five de Williams en compagnie de
Louis Armstrong, lui aussi originaire de la Nouvelle-Orléans. Il exercera également son art dans la version primitive des Washingtonians de
Duke Ellington, mais malheureusement n'enregistrera jamais à leurs côtés. De 1925 à 1929, Bechet vit et joue majoritairement en Europe (en Angleterre, en France, en Allemagne et même en Russie). Au cours de sa période parisienne, un différend désormais fameux opposa Sydney Bechet et un musicien concurrent. Le clarinettiste n'ayant pas froid aux yeux, le conflit se régla à coups de pistolet ! Trois personnes furent blessées et Bechet passa une année entière dans une cellule française, derrière les barreaux. Expulsé du pays à sa libération, il trouve refuge en Allemagne et c'est à Berlin qu'il retrouvera ses marques, malgré la déception de ne plus pouvoir retourner à Paris. Amoureux de la France, il ne pouvait bien évidemment plus y séjourner. Et il n'obtint pas non plus de visa pour l'Angleterre. Il reste donc à Berlin jusqu'en 1931. Professionnellement pourtant, tout va bien. Il est engagé dans l'orchestre de Noble Sissle, puis retourne finalement aux Etats-Unis. Bechet continue à jouer durant toutes les années 30, et dirige en parallèle un magasin de tailleur, qui fera rapidement faillite, avec le trompettiste Tommy Ladnier. Ladnier avec qui il réalise cependant quelques enregistrements mémorables sous le nom des New Orleans Feetwarmers, et en 1938, on lui doit le tube désormais incontournable "Summertime". Dans les années 40, Bechet joue régulièrement à New York avec Eddie Condon et tente de former un nouvel orchestre avec le trompettiste Geary "Buck" Johnson. Sydney Bechet devient une figure populaire de la renaissance du style Dixieland des défuntes années 40, enregistrant souvent avec Mezz Mezzrow. Pour son plus grand plaisir, il retourne en France en 1952 et y est chaudement accueilli. Tandis qu'il enregistre coup sur coup ses plus grands disques, les ventes progressent considérablement et son succès augmente. Bechet fut réellement l'un des plus grands solistes du jazz des origines. Il a vécu une vie riche en événements. Il s'éteint en 1959 à Garches en Région parisienne (où sa maison existe encore).