Le dub c'est avant tout une ligne de basse ondoyante soulignée par une rythmique. Le reste, c'est-à-dire le skank (clavier, guitare) et les effets (réverbération, bruits rajoutés, etc.) venant se greffer sur cette structure. On comprend donc l'importance du tandem basse / batterie pour toutes les productions d'obédience reggae-dub. Depuis près de trente ans, Sly & Robbie symbolisent le coeur de cette machine…
Le batteur Lowell Charles Dunbar — dit "Sly" en raison de son admiration pour Sly Stone — est ainsi "maqué" avec le bassiste Robert Shakespeare aka Robbie depuis les années 70. C'est Jo Jo Ho Kim, le boss du label-studio Channel OneLloyd Parks, Ranchie Mc Lean, Robbie Lynn, Mikey Chun, etc.) sous le nom de The Revolutionaries (
Black Ash Dub, Hardcore Dub).
Nos deux lascars s'étaient déjà croisés auparavant, au hasard de séances d'enregistrements dans tout ce que Kingston, leur ville natale, compte de studios. Leur collaboration fonctionne bien et ils deviennent vite inséparables. Leur talent est très prisé. La légende officielle veut qu'ils alignent à ce jour plus de 200 000 (oui, deux cent mille) morceaux ! En comptant toutes les réalisations pour lesquelles ils ont assuré le riddim. On les retrouve ainsi derrière
Peter Tosh,
Bunny Wailer,
Culture,
Gregory Isaacs,
Ini Kamoze,
Linval Thompson ou
Mighty Diamonds ; pour ne citer que quelques grandes figures du reggae.
Hors de ce milieu, leurs services sont également très appréciés. Sly & Robbie ont ainsi joué pour des artistes mainstream aussi divers que
Bob Dylan (cf. Infidels),
Grace Jones,
Ian Dury,
Joe Cocker, Michael Franti,
Santana, Tricky
Mick Jagger et les
Stones ! Sans oublier
Serge Gainsbourg, période "Lola Rastaquouère", envers lequel ils gardent un souvenir ému et respectueux pour son travail en studio, en Jamaïque, et leur fameuse tournée en France, avec les I-Threes empruntées à
Bob Marley…
Mais il y a un groupe qui fût vraiment leur "créature" et qui a marqué l'histoire du reggae fin 70s / début 80 :
Black Uhuru. Avant d'être signé sur Island pour les albums d'anthologie
Red et
Chill Out, le combo réunit par Sly & Robbie — Michael Rose, Duckie Simpson et Puma Jones dans sa configuration mythique — avait déjà accouché de
Guess Who Is Coming To Dinner ?, Sinsemilla et autre
Dub Factor de référence sur leur label Taxi. Sur cette structure, nos compères qui opèrent aussi sous le nom de Taxi Gang produisent aussi des toasters dont
Beenie Man et surtout Chaka Demus & Pliers ("Bam bam") auteurs du tubesque "Murder she wrote".
Tout cela suppose aussi une quantité phénoménale de "versions" et riddims repris et remixés. Du haut de leur cinquantaine triomphante, Sly & Robbie ont conçu des albums qui font désormais partie de l'histoire mouvementée du dub. Ainsi en est-il, par exemple, de Disco Dub (mitonné à Channel One avec Crucial Bunny & Cornell Maxwell au contrôle),
Dancehall Dub, Two Rhythms Clash, Dub Rockers Delights et
Dub For Tubs… On a un aperçu des thèmes qu'ils ont développés sur
Riddim, une compil sortie sur Trojan.
On leur doit aussi un album elektro-funk étonnant,
Language Barrier paru en 1985, où figurent, excusez du peu,
Herbie Hancock, Manu Dibango,
Afrika Bambaataa, Bernard Fowler,
Miles Davis, Wally Badarou, Robbie Lyn et Bernie Worrell ! Le tout produit par
Bill Laswell… Dans le genre transversal et occasionnel, Sly & Robbie ont aussi oeuvré en hip hop avec
KRS-One & BDP (
Silent Assassin) et en drum-n-bass avec
Howie B (
Strip To The Bone). Enfin, comme leurs héritiers Steely & Cleevie et Mafia & Fluxy, Sly & Robbie se sont mis également à la programmation et sont toujours dans la course.