Alors que
Pearl Jam s'est retiré des spotlights, que les
Red Hot Chili Peppers font alors un retour commercialement triomphal avec Dave Navarro, les Citrouilles de Chicago ne sont pas assez "sérieux" pour qu'on leur accorde le fameux titre de "plus grand groupe du monde". Et
Green Day est encore trop jeune. Cependant, Billy Corgan a mis toutes les chance de son côté en pondant un double album qui s'ouvre (après l'indispensable intro instrumentale) sur la déclaration d'intention
"Tonight, Tonight" qui annonce à grand renfort de violons que le virage emo de l'album précédent n'était pas une passade. "Nous crucifierons les hypocrites ce soir" chante Corgan affublé de son bientôt célèbre T-shirt "Zero" (le groupe a aussi fait de sérieux efforts pour se créer une image... bientôt Corgan se rasera le crâne). La domination des Pumpkins sur les ventes et sur les couvertures de magazine pendant près de deux ans n'a rien du hasard, vraiment.
C'est un cliché de dire d'un double album qu'il aurait été génial si seulement on l'avait réduit à un seul disque. C'est aussi souvent vrai, surtout dans le cas présent : ce n'est pas tant que les Pumpkins se sont laissé aller sur le quality control (même les chansons les plus faibles restent généralement tout à fait dignes) mais plutôt que ces vingt huit morceaux d'une durée totale de deux heures sont usant à écouter et assez souvent redondants. Il y a bien quelques aventures plus ou moins réussies vers de nouveaux territoires pop ("
Beautiful" sous inspiration
Prince, "
1979" qui lorgne vers
New Order, "
Cupid de Locke" qui ressemble à la chanson des Snorkies...) mais globalement, la plupart des morceaux sont dans la veine métal-light qui a fait le succès de
Siamese Dream. Au final, l'écoute est usante (on n'est heureusement pas obligé d'enchainer les deux disques) autant à cause du manque de variété que parce que l'égo surdimensionné de Corgan, et son envie de donner de l'importance à tout ça nous saoule très vite.
MCIS n'est donc pas le chef d'oeuvre que les Smashing Pumpkins pour lequel les sont rentrés en studio. Tous ces défauts qu'on pourrait énumérer encore longtemps font cependant oublier un fait important : il y a bien une vingtaine d'excellents morceaux sur l'album, un taux de réussite plus qu'honorable. On pardonne aisément à "
Bullet With Butterfly Wings" et "
Zero" leurs paroles lycéennes pour le métal furieux que les deux morceaux offrent. "
1979" est pleine de trouvailles de studios maline et son refrain est magnifique. "
Bodies" met de la new wave dans le métal à une époque où les années 1980 étaient encore tabou... Partout dans le monde, des petits malins ont bien du se compiler des albums simples à partir de ce matériau brut et pour peu qu'ils aient un peu de goût, il doit bien y avoir quelques centaines, quelques milliers d'exemplaires de presque chefs d'oeuvres gravés sur les premiers CD-R des années 1990.