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Une jeune Viennoise, seule face à son piano et ses idées noires, vient mettre un peu de grâce et beaucoup de spleen hivernal dans notre printemps. Lovetune For Vacuum, de Soap & Skin, est un premier album intimidant.
"Mélodies amoureuses pour le vide". Le titre du premier LP de Soap & Skin sent la déprime. La solitude, la mort. Et il n’y a pas tromperie sur la marchandise, Lovetune For Vacuum est un album extrêmement sombre, presque étouffant de noirceur.

Un choix – jouer Nico - qui n’étonne pas, tant Soap & Skin évoque la muse germanique de Velvet Underground. Elle a d’ailleurs repris "Janitor of Lunacy" sur un maxi. Glaciale et solennelle, sa musique prend aux tripes. Il suffit de jeter un œil aux titres de ses morceaux : c’est à vous filer la chair de poule. "Thanatos", "Marche Funèbre", "Cry Wolf", "Fall Foliage" ("chute du feuillage"), "Extinguish me"… Autant de chansons livides comme le teint d’Anja Plaschg, semble-t-il allergique au soleil – même l’épique morceau "The Sun" contredit son intitulé, évoquant une éclipse.
Lunaire et lunatique, entre accalmie soufflée et hurlement déchirant, le disque de Soap & Skin semble né à la lumière pâle de la lune. "Cynthia" (superbe mélopée torturée) n’est-t-elle pas l’autre nom d’Artémis, la déesse de la lune ? Une divinité pas commode, qui portait, selon la mythologie grecque, flèches et carquois. Vierge vengeresse, elle punissait les hommes coupables de la convoiter sexuellement… Ses chiens se chargeaient de déchiqueter les lubriques. Lovetune For Vacuum a cette froideur là, cette austérité à la fois violente et asexuée. Soap & Skin ne fait pas dans la pathos, mais dans l’envoûtement sévère, sépulcral ("Thanatos"). Et c’est intimidant !
Mais la pianiste ne se contente pas de martyriser l’instrument dans ses notes les plus graves. Telle une Cat Power (période dépressive, Myra Lee/What would the communauty think), elle laisse parfois filtrer de la chape de son spleen, quelques lueurs salutaires ("Cry Wolf", la tubesque "Spiracle"). On sort alors un peu la tête de l’eau sombre, le temps d’une berceuse onirique (la plus quelconque "Brother of Sleep") ou une escapade saccadée sur un sentier electro escarpé ("DDMMYYYY", très influencé par Aphex Twin), et on replonge, consentant.
On raconte que pendant ses concerts Anja Plaschg est peu loquace, secrète et sauvage comme la Chan Marshall des débuts. "Si j’avais quelque chose à dire je serai écrivain", s’excuse-t-elle. Tant qu’il génère de telles mélopées glacées – même adressées au vide ! - ce silence farouche restera d’or.

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