The Eternal de Sonic Youth



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L'éternité, et après...



Un nouveau Sonic Youth ? Et alors ? Simplement la démonstration, une nouvelle fois, du talent, de l'humour et de la sérénité enfin, d'un groupe - le meilleur groupe de rock du monde - engagé depuis trente ans dans une grande croisade contre la médiocrité, la mégalomanie et l'absence d'auto-critique et d'esprit d'aventure qui règne dans la rock culture. Sonic Youth en 2009 ? Un groupe d'utilité publique, tout simplement !

Impossible de parler d'un nouvel album de Sonic Youth en 2009, sans revenir rapidement sur presque trente ans de carrière, d'albums vénéneux, de flashs de lumière blanche et de larsens assourdissants, de concerts sauvages et d'illuminations qui ne le furent pas moins.


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Mais il faut aussi parler, à l'aune de ce The Eternal si évident, de mélodies imparables, punk pour certaines, pop pour d'autres, qui habitent depuis le début, contrairement aux idées reçues, l'oeuvre d'un groupe bâti sur les cendres de la no wave la plus radicale, mélangeant sons industriels, déconstructions brutales, de punk rock à l'arraché, et déjà, d'étonnantes mélodies cachées sous la ferraille, aussi charmantes ma foi, que les créatures d'animations de Tim Burton. Parler de Sonic Youth en 2009 revient au final à ne parler, encore et toujours, que de rock 'n roll, ou de musique pop-rock, tout simplement. Reste qu'en s'acoquinant à tout ce que les avants-gardes (concrètes, bruitistes, contemporaines, électroniques, minimalistes, répétitives) ont produit de plus passionnant depuis cinquante ans, ce groupe unique a su brouiller les pistes - et les repères des auditeurs - sans pour autant perdre de son aura, ni sa ligne de conduite, à cheval entre intransigeance, radicalisme et quête d'une certaine euphorie sonique.

Un aboutissement... temporaire !

the eternal
Alors évidemment, The Eternal n'est qu'une étape dans le parcours de Sonic Youth ("carrière" ne conviendrait pas ici, tant ses membres semblent mener tout ça avec une décontraction véritablement bluffante). Un album "de plus", mais pas un album pour rien, loin de là. Il s'avère même rapidement indispensable à tout ceux qui voudraient faire une pause salutaire au milieu du déferlement actuel de productions photocopiées, de mignardise brit-pop, de pseudo chamanisme urbain, de copie post-punk avarié. Thurston Moore, Kim Gordon, Lee Ranaldo, Steve Shelley, et aujourd'hui Mark Ibold se moquent bien de ce qui est hype ou pas. Heureusement pour nous ils se contentent de faire du Sonic Youth. Inutile également de vous faire la chronique classique : Un album "plus ceci que celui-là", "moins cela que celui-ci". Un "disque de la maturité", "du retour", "de l'achèvement" (surtout pas !), "séminal" (quel horreur !). A une époque où tous les groupes sont sur Twitter, ou leurs membres eux-mêmes décortiquent les albums titres par titres, The Eternal ne mérite pas plus qu'un autre, ni moins que le précédent, qu'on lui fasse cet affront.

Eternel ou intemporel ?

Oui mais alors, qu'en est-il vraiment de ce The Eternal, dix-septième album d'un groupe dont on sait qu'il nous donnera le meilleur de lui-même, parce que ses membres sont sincèrement habités par la musique depuis des années et se foutent comme de l'an quarante des retombées commerciales et autres filouteries du music "baiseness" ? Qu'en pense Fluctuat ? Et bien c'est du bon ! Une nouvelle fois, les New Yorkais nous délivrent un exemple de ce que peuvent faire de désormais quarantenaires quand ils ont décidé de pousser aussi loin que possible leur capacité à bâtir des mélodies accrocheuses sur fond de riffs toujours subtilement dodécaphoniques. Du bubblegum (rose) bardé de verre pilé qui tourne au carnage (rouge), comme la pochette signée John Fahey. Un disque donc, rempli de ritournelles pop-punk, rendant hommage en chansons, mais aussi en sons, aux nombreuses passions du groupe et à ses artistes favoris, toutes disciplines confondues. L'ensemble étant plus concentré que jamais, avec des guitares aussi étincelantes que du Television et rageuses comme... et bien comme du Sonic Youth ! Un son globalement plus resserré aussi, mais pas pour autant plus bruitiste, ni plus punk. Ou plutôt si, mais alors "toujours aussi punk", le bruit et la vitesse faisant de toute façon partie intégrante de la culture du groupe, et de la culture rock d'aujourd'hui, tout comme l'étaient les déhanchements d'Elvis pour nos grands-parents.

Autant pour ceux qui pensaient que le passage chez Matador après les monstres Geffen (Brrrr) déclencherait une (nouvelle ?) révolution ou serait l'expression d'une catharsis chez Sonic Youth. Qu'il y a t-il de révolutionnaire de toute façon à faire du bruit dans un groupe de rock aujourd'hui ? Et qu'est-ce que les New Yorkais à l'éternelle jeunesse sonique pourraient bien nous servir de révolutionnaire, eux qui sont les grands-parents de tout ce qui fait du bruit intelligent sur cette planète ? Ne reste qu'à attendre le prochain donc, en prenant le temps de bien profiter de celui-ci.


Maxence Grugier Le 22 juin 2009