Daniel Judd est connu pour sa participation dans Call and Response et Broker/Dealer. Son projet solo,
Sorcerer, évoque ces vieux jeux d'arcade pixellisés pour lesquels toute une génération s'est abîmée les yeux. A la fois rétro et fututriste
White Magic navigue entre les repères spatio-temporels avec une tendresse nostalgique un rien embarassée.
Parmi les influences ressenties à l'écoute de ce
White Magic, on citera notamment
Zoomer de
Schneider TM pour les parties exotiques et souriantes, mais aussi
George Benson. En effet, Judd qualifie
Sorcerer de "motorik Georges Benson", c'est à dire une combinaison idéale des langoureuses vocalises du crooner avec les machineries sonores saccadées aux rythmes réglés comme des horloges suisses de la musique allemande des années 70.

Si cette image est loin de faire rêver, on retrouve pourtant dans Sorcerer des sensations de paysages paradisiaques, emplis de couchers de soleil, de lagons turquoises, de chemises hawaïennes et de détente sur la plage (
"Surfing At Midnight",
"Egyptian Sunset",
"Hawaïïan Island",
"Surf Wax",
"Bamboo Brainwave" ou
"Blind Yatchman"). Le cliché est parfois dur à avaler tant il est appuyé, et le trip electro-funk 80's peut bassiné pas mal de monde. mais il faut ici le prendre comme un hommage kitsch aux pionniers de la surf music.
Lui-même windsurfeur, Daniel Judd met toute la chaleur des îles dans ses riffs à reverb ou ses basses semblant se languir sur une chaise longue aux côtés des rythmiques mid-tempo. La tourbillonnante brise des synthés funk ne réussit pas à refroidir l'ambiance.
Ainsi White Magic serait dans la lignée des Beach Boys, s'il ne renvoyait pas ses images de mauvais goût avec ironie, recul et surtout un humour salvateur. Cette dernière qualité est d'ailleurs trop souvent boudée par les critiques musicaux et les fans (même sur Flu'). Après tout, l'histoire de l'art s'est vu ponctué de blagues retentissantes (voir les toilettes publics de
Marcel Duchamp, ou la Joconde qui se marrait tellement qu'on a du lui refaire son sourire n'importe comment...).
L'humour ne vient pas pervertir ou transformer la musique en blague futile, mais plutôt souligner les grandes qualités de cet opus, qu'on pourrait ranger aux côtés du
Cosmo Galactic Prism de
Prins Thomas.
Maxence Grugier
Le 01 janvier 2009