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"Wannabe" a girlsband ?
Mel B, Melanie C, Emma, Geri et Victoria ont, malgré tout ce qu'on peut dire d'horrible sur elles, marqué un tournant important dans l'histoire de la musique de ces dix dernières années, ouvrant la voie brillamment à des dizaines de groupes clones plus horribles les uns que les autres, tenus entre disco, rnb et pop. Les musiques populaires seraient-elles ce qu'elles sont sans la Spice Mania qui innonda l'Europe en 1996 et 1997, dans la foulée du single "Wannabe" ? Difficile à dire mais probable tout de même. Lancées officiellement en 1996 à grand renfort de publicité, avec leur album Spice, les filles ont atteint rapidement, et sur un effet médiatique sans précédent depuis les Fab Four, des niveaux de vente insensés sur le vieux continent. Le deuxième album, sorti quelques mois après le premier, se vend correctement mais initie le phénomène "soufflé" (on monte et on descend très vite) qui marquera par la suite le nouveau rythme des carrières musicales, suivi ou provoqué par les maisons de disques. Les What 4 ou les L5, en France, en seront bien plus tard une belle illustration. Les maisons de disque tiennent la boutique et rentrent les bénéfices à partir de chansons pré-écrites par des auteurs tricards ou des studios de composition. Les groupes naissent et meurent en une ou deux saisons. Sans Geri Halliwell, le troisième album des Spice Girls marque en 2000 la désintégration interpersonnelle et musicale du groupe, même si le Greatest Hits réussit à lui emprunter deux ou trois morceaux.
Les Spice ont-elles une chance sept ans après ?

On redécouvre ainsi (sur la compil gratuite et pas forcément sur Greatest Hits) les qualités de titres comme "One of These Girls", funky en diable et au synthé 80s, les ambiances festives de "Spice Invaders" ou la dynamique classieuse d'un morceau comme "Outer Space Girls", lequel n'aurait pas dépareillé sur le Ray of Light de Madonna sorti quelques années plus tard. "Wannabe", bien que lessivé par le temps, produit toujours son effet, tandis que des titres un peu moins connus comme "Take Me Home" (un bon beat, une guitare funky) ou "Aint No Stopping Us" (party sound entre Isaac Hayes de supermarché et Yannick de "Ces années-là") ne nous laissent pas insensibles. Malgré tout ça, le bilan du Greatest Hits reste accablant. Le son Spice Girls marque une inflexion notable d'une mixture pop-rnb-funk assez innovante vers de la soupe populaire. Les voix qu'on demande à entendre en vrai (le live qui prolonge la compil pirate est insupportable à cet égard par ses maladresses et pointes de fausseté) sont souvent malmenées et fébriles, sans couleur et seulement caractérisées par une empreinte fantôme. La musique bouffe à tous les rateliers sans aucune intention. On danse sur des textes mélancoliques, on rit sur du triste, on pleure sur du tambourin et sans que cela ait l'allure décalée d'Abba ou même (pour ceux qui y tiennent) de Dalida. Ce qui frappe ici (le très laid "Mama", le dur, dur "Spice Up Your Life", ou le médiocre et tapageur "Who Do You Think You Are"), c'est l'absence de coïncidence entre la musique et l'intention portée (on le suppose) par le texte et le chant. A cet égard, la musique des Spice Girls illustre la défaite du son sur le sens, la victoire du fun sur le fond et la montée en puissance des producteurs face aux artistes.
Entité artistique, identification et authenticité
A l'inverse, on ne doit pas négliger l'intensité du phénomène et la valeur d'un groupe qui, sur certains titres, existe comme entité artistique à part entière, réussit à dépasser l'emballage pour provoquer une identification efficace : celles de petites filles choisies entre 1000 pour devenir princesses, celles de personnes normales sorties de nulle part pour y retourner. Cette authenticité, qu'on n'est même plus sûr de retrouver aujourd'hui (chez les Spice y compris), reste au coeur de cette musique et suffit, d'une certaine façon, à la rendre attachante. La naïveté et la spontanéité ont été un temps au coeur du projet, fut-il sataniquement commercial. On peut avoir épousé un joueur de foot, fait un bébé avec Eddie Murphy et avoir toujours l'air de débarquer de sa banlieue paumée. Même multimillionnaires, même insupportables, même archi-brandées, les Spice Girls incarnent toujours un peu le mythe d'une girl next door devenue jolie, un côté plouc-sensuel qui peut être charmant. Les voir en concert doit rester une expérience qui relève plus de la science-fiction que de la musique mais on peut comprendre que certains s'y essayent.

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