Steel Pulse est vraiment la "traduction" anglaise du reggae jamaïcain. Comme leurs cousins, les membres fondateurs du groupe — David Hinds (chant et guitare), Basil Gabbidon (guitare, choeur) et Ronnie McQueen (basse) ont grandi dans des ghettos. Des cités délabrées où la population issue de l'immigration est concentrée. Leur quartier s'appelle Handsworth et se situe en marge, au ban de Birmingham. Allié à la crise, le libéralisme à outrance qui commence à sévir outre-Manche dans les années 70s fait bien sûr des ravages dans les communautés étrangères, les West Indies, en proie qui plus est au racisme. Alors évidemment (heureusement même), sous cette pression, le chaudron explose régulièrement. Vingt-cinq ans avant la France, l'Angleterre est secouée par des émeutes. C'est sur ce terrain que Steel Pulse fait irruption en 1978 avec un premier album au titre emblématique :
Handsworth Revolution (Island).
Plus généralement, c'est la cause du Peuple Noir et ses ennemis que Steel Pulse prend comme thématique centrale. À l'exemple du fameux morceau
"Ku Klux Klan" que David Hinds — célèbre pour l'énorme dreadlocks en forme de palmier qui surmonte son crâne à l'époque — interprète avec la tenue et cagoule blanche de ce groupuscule nazi ! Leurs propos sont servis par une remarquable orchestration et surtout une tonalité un peu plus urbaine que celle qui prévalait jusqu'ici en reggae-roots. L'album fait un malheur et il est suivi un an après par un autre opus dans la même veine :
Tribute To The Martyrs. Comme son prédécesseur, il contient une collection de hits. La plupart des textes rendent un hommage mérité aux héros morts pour la cause :
Martin Luther King, George Jackson, Steve Biko… Et musicalement, c'est une fois de plus une réussite. Mélodique et hypnotique, les compositions de Steel Pulse sont toutes en finesse et laisse percevoir de nombreux détails après plusieurs écoutes.
Il en est de même avec leur troisième album,
Caught You qui paraît en 1980. Le suivant,
True Democracy voit le jour sur Elektra en 1982. Cet opus marque un tournant. Steel Pulse conserve son approche philosophico-politique mais, comme d'autres formations à la même période, s'oriente vers des sonorités plus "pop et funky". Cette sonorité calibrée FM désoriente les fans malgré quelques morceaux qui restent dans leur lignée précédente (
"Chant a psalm",
"Blues dance reid",
"Your house").
Earth Crisis puis
Babylon The Bandit, qui sortent en 1984 / 85, entérinent ce changement. Et les disques suivants —
State Of Emergency,
Victims, etc. — ne relèvent pas le niveau. C'est sur scène que Steel Pulse va reconquérir les puristes. Alternant nouveautés et classiques de leurs débuts, la playlist de leurs concerts est toujours à la hauteur des espérances et leurs morceaux joués "live & direct" prennent encore un tour particulier. Et ce n'est pas un hasard non plus si leur premier enregistrement public a été capté en France, à Paris :
Rastafari Centennial (sur MCA en 1992). Ils finiront par revenir vers un son un peu plus roots. Mais une décennie — de
Vex publié en 1994 à
African Holocaust, leur dernier album en date paru en 2004 — ne suffit pas pour détrôner leurs trois premiers albums qui figurent parmi les meilleurs disques reggae. Et l'on comprend dès lors pourquoi le public réclame toujours
"Drug squad",
"Rally round",
"Sound system" ou
"Nyahbinghi voyage" en concert.