Studio One est le label-studio mythique de "Sir" Clement Seymour Dodd, plus connu sous le nom de Coxsone. Dans ces lieux les plus belles pages de l'histoire — et pour certains de la "proto-histoire" — du reggae-dub ont été écrites. C'est un peu l'homme sans qui rien de tout cela ne serait arrivé…
Coxsone est né en 1932 à Kingston, en Jamaïque. Au milieu des années 50, après un séjour en Amérique comme saisonnier, il décide de monter un sound-system, Sir Clement Downbeat. A cette époque, la chose tient de la disco-mobile et la musique a pour nom jazz, rhythm-n-blues, calypso. Ensuite viendra le mento, le ska, le rocksteady. Le reggae ne fera son apparition qu'à la fin des années soixante…
Mais Duke Reid (Trojan) est déjà en place ! Pour le concurrencer, Coxsone traque des exclusivités et s'adjoint les services de toasters et techniciens : Prince Buster, King Stitt (
the ugly one), U Roy et
Lee Scratch Perry. Cette logique l'amène à produire des artistes locaux, à presser des disques et à ouvrir une boutique au 13 Brentford Road ; rue qui portera son nom des décennies plus tard…
Cette logistique transforme Coxsone en "parrain" du reggae lorsque les temps sont venus…
Bob Marley le squattera même pendant un moment. Tous les grand noms ont défilé chez lui et posé leurs "lyrics" sur ses riddims :
Burning Spear,
Delroy Wilson,
The Gladiators,
The Heptones,
John Holt,
Prince Jazzbo,
Sugar Minott,
The Skatalites, The Wailing Souls… C'est l'âge d'or. Et les albums qui en découlent restent caractéristiques avec leur son bien roots, si ce n'est "rough"…
De la basse, très amplifiée. Une batterie qui dévide le tempo. Le clavier marque le skank. Des cuivres pour la couleur. Et un peu de réverbe. Le dub "version" Coxsone est économe d'effets. Il lui arrive aussi d'en signer sous le nom de Dub Specialist. Et ce, dès 1974 (
Ital Sounds & System, Mello Dub). Ses créations dub (
Bionic Dub, Hi Fashion Dub Top Ten, African Rub A Dub, etc.), tout comme ses productions reggae donneront le "la" jusqu'au début des années 80s.
Les changements politiques, sociaux et musicaux (fin du reggae-roots, début du dancehall) qui interviennent à cette période charnière l'incite à s'exiler aux Etats-Unis où il poursuit ses activités à New York. 15 ans plus tard, il est de retour et ré-ouvre son antre où il trouve la mort, le 5 mai 2004, fauché par une crise cardiaque. Les labels Heartbeat et surtout Soul Jazz Records rééditent ses productions qui ont élevé le reggae-dub au rang de l'art.