"Sugar" Lincoln Barrington Minott fait partie de ces chanteurs jamaïcains qui ne se contente pas de chanter ! Il écrit des textes (et pas seulement pour lui), et s'est aussi lancé dans la production ainsi que l'animation sociale… Né en 1956, à Kingston, ses débuts ressemblent à ceux de beaucoup de ses homologues. Un passage obligé par les sound-systems (en l'occurrence le Sound of Silence Keytone où il fait ses premières gammes après l'école), la formation d'un groupe (les Africans Brothers avec Tony Tuff et Derrick Howardand en 1969), les premiers enregistrement sous la coupe de Coxsone (Studio 1). Il ne volera vraiment de ses propres ailes qu'en 1979, lorsqu'il quitte Studio One, non sans avoir signé auparavant quelques morceaux qui ont rencontré un certain écho, si l'on ose dire (cf.
"Vanity",
"Mr DC",
"House is not a home",
"Hang on natty",
"Live loving"). Deux disque témoigne de cette proto-histoire :
Live Loving et
Showcase. Mais son album de la maturité s'intitule Ghetto-ology. Il paraît sur Trojan et est mixé par Prince Jammy et
King Tubby en personne qui se fend même d'une petite participation vocale ! La même équipe réalisera, toujours en 79, Bitter Sweet pour le label Warrior.
Sugar Minott affirmera ensuite son style, entre reggae-roots, lovers, rub-a-dub et dancehall. Un genre dans lequel il va persister dans les années 80 (cf.
Dancehall Showcase,
Inna Reggae Dance Hall avec des featurings de
Charlie Chaplin et Joe Lickshot, la compil
Dancehall Business). Il aligne les albums avec une régularité étonnante. Des fans avisés estime que sa discographie comporte au moins 70 références… Parmi celles-ci, on mentionnera ses "confrontations" avec
Frankie Paul (
Show-Down Vol.2 sur Hitbound en 1983),
Leroy Smart (
Rockers Awards Winners sur Greensleeves l'année d'après),
Gregory Isaacs (
Double Dose)… Souvent entouré des
Roots Radics, Sugar Minott signe ses meilleures productions dans les années 80s (cf.
Sugger's Choice,
Herbman Hustling,
Sugar & Spice,
Them A Wolf, etc.) avec l'aide de dubmasters incontournables (
Scientist,
Peter Chemist, Bullwackie, Barnabas, etc.). Mais c'est en France, à Montreuil, avec les gens Zenah Music qu'il a enregistré son nouvel album en 2004,
Leave Out Of Babylon.
On le voit, contrairement à beaucoup d'artistes de sa génération, l'avènement du ragga et de ses avatars assez bas de plafond, n'a pas remis en cause son statut, ni le rythme de ses réalisations. Mais il n'hésite pas à pointer les dérives des "stars" du mouvement comme Sizzla par exemple qu'il ne porte visiblement pas dans son coeur et l'hégémonie du dancehall, où plutôt de ce que ce courant est devenu : un business vide de sens. À l'inverse, dans ses actes comme dans ses paroles, Sugar Minott reste engagé. La musique, pour lui, n'est pas un tiroir-caisse. Le respect envers le public prime et il conçoit le rôle de l'artiste comme devant être aussi celui d'une conscience sociale. Cette attitude ne se limite pas à une déclaration d'intention : très tôt il a monté son propre label Black Roots (feat.
Barry Brown,
Junior Reid,
Garnett Silk qu'il a révèlé, etc.) et une structure chargé de promouvoir de jeunes talents dont regorge toujours les ghettos de Kingston : Youth Promotion.