Tom Verlaine et
Richard Hell montent les Neon Boys en 1971. Ils vont bientôt être rejoints par Richard Lloyd (guitare) et Billy Ficca (batterie). Le groupe se rebaptise alors Television et sera un des premiers groupes new-yorkais à se produire au CBGB (lieu habituellement réservé, comme son nom l’indique, au country, au bluegrass et au blues.)
Le côté look et attitude de Television incombe entièrement à
Richard Hell qui, s’il n’a jamais été un grand musicien - en terme de technique -, a toujours été fort en matière de concepts : T-shirts déchirés, spiky hair… Cet intérêt de Hell pour le jeu de scène et le look, au détriment de la technique instrumentale, irrite Verlaine depuis le premier jour et conduit à son éviction, en 1975, juste après l’enregistrement de maquettes avec
Brian Eno. Le groupe engage Fred Smith en remplacement (Smith est littéralement « volé » à
Blondie qui, à l’époque, n’a pas encore rencontré le succès).
Hell, à défaut de rester dans les annales de la basse, aura beaucoup inspiré
Malcolm McLaren pour le look des
Sex Pistols, à tel point qu’il se verra proposer de se joindre à eux, au chant. Mais Hell décline l’invitation de s’installer à Londres, préférant rejoindre les
Heartbreakers de
Johnny Thunders, puis monter son propre groupe, les Voidoids.
Désormais privé de leur seul élément vraiment « punk », Television peut commencer à développer ce son unique qui les identifie bientôt comme les continuateurs du Grateful Dead et de Quicksilver Messenger Service. Les compositions de Hell évacuées du répertoire, les tempos deviennent plus posés, propices à de longues improvisations tendues et hypnotiques.
Avant de signer chez Elektra, Television réalise le single
Little Johnny Jewel, pour Ork Records, en 76, qui restera longtemps un collector hors de prix (ce single mythique, enregistré sur un 4 pistes, se vendra à plus de 20 000 exemplaires lors de sa sortie), avant d’être ajouté en bonus sur la réédition de
Marquee Moon.
Ce premier album,
Marquee Moon, est un OVNI. Une pièce inclassable, amenée à devenir un classique. Lloyd et Verlaine s’en donnent à cœur joie, incapables de réfréner leur envie d’en découdre au fil de ces huit plages gorgées de longs chorus de guitares. D’ailleurs, huit morceaux sur un album, à l’heure du punk, c’est politiquement incorrect (c’est ce que les Ramones mettent par face !). En dépit de son côté old school, le disque se vend bien en Angleterre et récolte un peu partout des critiques élogieuses.
Les problèmes sérieux commencent avec le second album,
Adventure, en 1978. En soi, un bon disque - qui se vendra mieux encore que le précédent en Angleterre -, mais qui sera jugé trop conventionnel par des médias avides de nouveaux concepts. Il s’agit en effet simplement d’un recueil de très bonnes chansons, toujours magnifiées par les échanges guitaristiques de Lloyd et Verlaine.
Aux USA, les deux albums passent pratiquement inaperçus. L’absence de franche reconnaissance mine le groupe qui se sépare peu de temps après
Adventure. Ils se reforment en 93, pour livrer un troisième album et une série de concerts, puis disparaissent à nouveau. Au début des années 2000, ils font un come back scénique inattendu, donnant des concerts à travers l’Europe, dont deux au Bataclan, à Paris, qui montrent que le duo Lloyd-Verlaine n’a rien perdu de sa pertinence.