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Peter Silberman, le leader les a captées une à une et montées en chanson. Lancé par un "Prologue" instrumental spectral, Hospice embraie sur le déchirant drone "Kettering". "Walking in that room, when you have tubes in your arms…we didn’t talk for a while…something kept me standing in front that hospital bed I should have quit but instead I took care of you”. La voix formidable du chanteur (suraiguë, on vous aura prévenu) est comme déposée sur une nappe de musique en apesanteur, un clavier, des cordes et des guitares fondues. La batterie n’ose pas retomber sur ses roulements, jusqu’à l’envolée finale. On pense à Jeff Buckley parfois pour l’affèterie et la justesse de la plainte, à Antony and The Johnsons pour l’intensité, à Hood pour le jeu d’ombres entre voix et son, les percées shoegaze, à Belle and Sebastian pour la délicatesse, à Radiohead pour la discrétion de l’électro ambiant et puis plus à grand-chose. The Antlers met à jour ici un cocktail sans grand équivalent et tristement novateur. Certains crieront à l’imposture : la tristesse incite au pompier sur "Sylvia", appelle des cris et un crescendo qui pourraient être taxés de facilité. The Antlers n’a rien à voir avec Coldplay et ses pièces montées chantilly. Ici, on grimpe droit au ciel, que les morceaux soient mornes ou enlevés.
"Atrophy" offre 7 minutes d’atonie magnifique, autour d’une musique organique calée sur le battement d’un cœur malade. Chaque morceau donne l’impression d’être baigné dans un environnement sonore spécifique, suggéré par le groupe et ramené à l’intérieur de notre corps par le processus d’écoute. Le phénomène est encore amplifié si on écoute la musique au casque, comme si ce qui se passait autour de nous, était rapatrié directement par l’oreille et remixé par notre orchestre post-rock interne. La beauté de "Bear" (sur l’avortement), démarré comme une comptine pour gosses, est imparable. Le morceau prend assez vite un virage pop inattendu tout en plongeant dans l’horreur. "There is a bear inside your stomach. A cub’s been kicking from within. If this is not a dream, then we’ll cut him from beneath… We are terrified of one another. Terrified of what that means." "Thirteen" erre quelque part dans les limbes. Tout n’est pas mémorable dans cet album : "Two" tombe un peu à plat, Shiva n’est rien d’autre qu’une balade acoustique endimanchée aux paroles plombées. Mais l’ensemble reste de haut vol et déchirant par sa force et son homogénéité. Les deux derniers morceaux d’Hospice comptent parmi les plus beaux et discrets des 10 titres. "Wake" est une interminable confession où le chant s’extirpe à peine d’une nappe proto-symphonique qu’on jurerait empruntée à Arvö Part ou à l’un de ses épigones. "It was easier to lock the door and kill the phones then to show my skin", chante-t-il. L’imposture ne serait pas très loin si la chanson ne se réouvrait après 5 minutes sur une cascade de lumière blanche splendide. L’art de The Antlers consiste à nous mettre la tête dans le sable (ou le sac), à nous empêcher de respirer puis à la relever pour nous en mettre plein la vue. On suffoque, on déprime et puis on sourit quand l’air frais balaie nos visages. Wake est un morceau passionnant et qui donne des ailes. L"Epilogue" nous ramène au point de départ mélodique et referme le projet comme un système clos avec un morceau en forme de mini-Creep frémissant.
Hospice est un album qui ne risque pas de finir en album de l’été ou de vous être volé par des amis en soirée. C’est le genre d’albums majeurs qu’on est fier d’avoir à la maison et qui, paradoxalement, remontent le moral, une vie durant, les soirs de cafard et de réveillon.
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