J'adore l'angle héroïque du 'ça passe ou ça casse' chaque soir - si tu arrêtes de jouer, il n'y aura plus de son. (BBC, avril 2004) ”
Le Beta Band est une formation culte. Le Beta Band est, comme le Velvet Underground,
Love ou
Galaxie 500, une formation maudite, condamné à ne jouir de ce statut qu’une fois mort et enterré.
La révolution par le bas
L’histoire commence en Ecosse lorsqu’en 1996 Steve Mason décide, avec Gordon Anderson, de fonder un groupe, éphémèrement appelé les Pigeons pour devenir par la suite le Beta Band. Un premier EP,
Champion Versions, est enregistré dès l’année suivante : la critique est unanime, le rock tient là ses nouveaux réformateurs. Compressant en quatre chansons d’une demi-douzaine de minutes chacune cinquante ans de musique, mariant avec une audace et une pertinence jusqu’alors jamais entendues folk, electro et psychédélisme, le Beta Band souffle un vent nouveau, salvateur pour une pop britannique faisant, en cette fin des 90’s, franchement grise mine. Deux EPs suivront en 1998,
The Patty Patty Sound en mars et
Los Amigos del Beta Bandidos en juillet, Deux EPs qui ne feront qu’asseoir un peu plus les membres du groupe dans la position de nouveaux héros du rock, devenant ainsi en quelques mois les chouchous de la critique musicale. Ces trois disques ont depuis encore plus gagnés en prestige, beaucoup voyant ainsi en
The Three EPs, compilation réunissant les dits moyens formats, un des albums les plus influents du rock.
Faux départ du Beta Band
Une année seulement passe entre la sortie du dernier EP de la trilogie et le premier album, éponyme, du Beta Band. A la tête du groupe depuis le départ de Gordon Anderson peu après la sortie de Champion Versions, Steve Mason est plein d’ambition pour ce disque, citant pêle-mêle des influences aussi variées que le reggae, Bonnie Tyler ou encore le film Disney Le Trou Noir. Le résultat est surprenant : éclaté, bousculant à peu près tous les codes de la pop-music, les alchimistes écossais accouchent d’un objet hybride, édifice à l’équilibre instable, ne ressemblant à rien si ce n’est à un bordel sans nom, capharnaüm au charme puissant mais inégal. Tout d’abord dissonantes, les critiques se mettent par la suite tous d’accord après que Mason lui-même ainsi que les autres membres du groupe aient désavoué l’album, jetant la pierre sur leur label Regal qui leur imposa, selon eux, une deadline irréaliste. L’échec est donc cuisant, tant artistiquement que commercialement.
Culte posthume
L’enregistrement et la sortie du single
"To You Alone" en 2000 permet au groupe de renouer avec le succès critique, la chanson se classant dans de nombreux tops de fin d’année. La sortie peu de temps après de
High Fidelity, adaptation au cinéma du roman de
Nick Hornby, offre au Beta Band une vitrine inespérée, la fameuse scène du
« I will now sell five copies of The Three EPs by The Beta Band » faisant ainsi connaître la formation écossaise à un public plus large, lui permettant par là même d’atteindre enfin les rives américaines. En 2001 paraît
Hot Shots II, deuxième album acclamé par les fans et la critique, qui délaisse les expérimentations éthérés du premier opus pour privilégier l’art de la concentration indie-pop en des plages de trois minutes. Auto-produit puis mixé par
Nigel Godrich,
Heroes to Zeros sort trois ans plus tard et est, tout comme le précédent album, salué par la presse musicale sans toutefois attiser d’engouement auprès du grand public. Epuisés par les tournées incessantes, frustrés certainement par le manque de réceptivité des masses à leur musique, les membres du groupe décident fin 2004 de la dissolution du Beta Band.
Déjà oublié par le commun des mortels, le groupe écossais jouit toutefois d’un culte immense dans le milieu des aficionados de l’indie, et dont l’influence sur la scène actuelle est incommensurable.