Buzz internet de l'année 2007 dans la catégorie rap, les
Cool Kids n'avaient pas attendu de vendre des disques physiquement pour asseoir leur réputation de groupe le plus fresh du genre et déchirer la scène du festival Pitchfork, site web basé à Chicago. De la consécration locale à la reconnaissance, il n'y avait qu'un pas, ou plutôt un coup de pédale, franchi les doigts dans le nez par ce duo atypique qui a remis au goût du jour le BMX avec leur hit "
Black Mags". Tout en anticipant le come back inéluctable du "real Hip-Hop".
Si les radios et les chaînes musicales continuent à déverser leur soupe aux gogos, qu'on se le dise, l'heure du retour aux sources a sonné, alors qu'on fête le vingtième anniversaire du cru 1988, considérée comme la meilleure année de l'histoire du Hip-Hop. Quand les
KRS-One, Big Daddy Kane,
LL Cool J,
Run DMC et autres
Public Enemy squattaient le devant de la scène. Une école dont se revendiquent justement Mikey Rocks et Chuck Inglish, les deux rappeurs - producteurs de The Cool Kids, qui récoltent aujourd'hui le fruit de leur travail.
Le second EP du groupe,
The Bake Sale, qui fait suite à
Totally Flossed Out (2007), nous propose donc de replonger dans cet âge d'or du Hip-Hop, quand l'originalité, le positivisme et les gros sons étaient encore les valeurs dominantes. Ici, pas d'histoire de gros flingues, de vente de drogues ou de filles faciles. Non, Mickey et Chuck sont juste dans leur trip égocentrique, nous racontant combien leur style déchire, comme sur "
A Little Bit Cooler", où ils se paient les suiveurs (l'inverse des gens cool) qui se moquaient de leur style un an plus tôt et l'ont depuis copié.
Sur des beats d'un minimaliste parfois extrême (voir "
What Up Man", composé entièrement à la bouche), les deux MC's se présentent sans complexe comme "
the new black version of the Beastie Boys". Le titre "
88", qui résume assez bien leur concept, aurait d'ailleurs pu être produit par
Rick Rubin. Mais ce sont bien les deux jeunots, qui font encore référence à LL sur "
Jingling", qui gèrent tout de A à Z, et n'invitent d'ailleurs pas le moindre rappeur à poser à leur côté. Encore une résurgence des 80's, quand un disque sonnait rarement comme celui du voisin. Car il n'y avait rien de plus déshonorant pour un B-boy que de pomper le style des autres.
Ce délire retro pourrait gaver, certains le seront sans doute, mais
Lil Wayne lui-même (qui a d'ailleurs collaboré avec les Kids) ne rechignerait pas à claquer un 16 mesure sur "
Mikey Rocks", le duo n'ayant pas non plus pousser le trip jusqu'à se priver des progrès du mastering moderne. En décalage avec leur congrès, préférant rouler en BMX vêtu de jean serré (hé oui, les rappeurs n'ont pas toujours porté des baggy jeans), The Cool Kids n'en demeure pas moins en phase son temps. Ou alors un peu en avance. Car on peut déjà parier sur la vague de clones qui risque de déferler dans les mois qui viennent. "
88 is back", on vous dit.