Pour beaucoup de fans, si
Grotesque (After The Gramme) est le premier vrai grand album de
The Fall,
Hex Enduction Hour représentera le tour de force d'un ensemble totalement libre, expérimentant sans se soucier du public, des modes ou des critiques. L'atrabilaire leader mancunien y pond d'extraordinaires histoires au surréalisme fantasmagorique et grotesque, soutenues par pas moins de deux (!) batteries et les variations de Craig Scanlon, immense guitariste de free rock avant l'heure, à la guitare tantôt bruitiste et rapide ("
Jawbone & The Air-Rifle"), tantôt lente et mesurée ("
Hip Priest"). C'est aussi la période où The Fall expérimente avec les synthétiseurs, ici un Casio VL-Tone, sur "
Fortress/Deer Park" par exemple (le même qu'utilisaient les premiers
Human League). En ce sens,
Hex Enduction Hour figure une sorte de vision tordue du rock progressif que Smith affectionnait. Une vision punk en fait. The Fall inventant quasiment l'english krautrock ("
Iceland"), dépassant toutes les barrières et osant s'aventurer là où bien peu avant eux (hormis peut-être PiL et
Père Ubu) osèrent aller.
"I never felt better in my life" chante-t-il sur "
The Classical" et ça se sent.
Maxence Grugier
Le 22 janvier 2008