Imperial Wax Solvent de The Fall



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The Fall majeur



Au rythme d’un album par an, la régularité de The Fall fait chaud au cœur. Après une année 2007 marquée par un album du groupe (Reformation Post-TLC) et un projet de Mark E. Smith (Von Südenfed), The Fall sort fin avril Imperial Wax Solvent son 27ème opus, exigeant, surprenant, et qui regarde droit devant.
Il n’y a pas de The Fall sans Mark E. Smith, c’est entendu, mais pas de Fall non plus sans rapport à l’histoire. Reformation Post-TLC intervenait dans ce contexte particulier où la plupart des groupes dissouts ressurgissaient du néant pour embrasser une nouveauté qui sentait, globalement, le faisan(dé). Le Mancunien qui n’avait jamais baissé pavillon, même dans les pires moments, ne bénéficiait pas de ce statut de mort-vivant mais en profitait pour signer, après l’encore meilleur Fall Heads Roll, un excellent album. The Fall est dans une bonne phase, explique Mark E. Smith, depuis 3 albums et malgré (ou grâce à) quelques événements rocambolesques : la désertion américaine de l’année précédente, un statut de star restauré, une consommation de whisky dominée,... se retrouve à nouveau au centre du jeu. Le maverick éternel a le vent en poupe mais cela ne se sent pas. Imperial Wax Solvent n’a rien d’un album apaisé ou d’une confirmation (confirmer quoi ?) : c’est un disque à la fois exigeant, surprenant et qui témoigne, comme souvent, de l’inébranlable envie de son leader d’aller perpétuellement de l’avant.
L’album démarre par un "Alton Towers" qui a tout pour décourager le chaland. L’homme qui refusait de placer "Blindness" en piste 1 décide d’ouvrir avec un jazz brinquebalant, dérythmé et fantomatique qui ressemble à tout sauf à une ouverture. Les paroles sont ironiques et désabusées, celles d’un homme qui désespère de son époque et paraît lessivé par le cours des choses. Joli coup. "Wolf Kidult Man" n’en prend, après ça, que plus de saveur. Assis sur un riff bouillant, le morceau est lancé par un cri de loup avant de s’aventurer dans une hargneuse critique des gens qui se couchent moralement pour réussir. Vient ensuite la chanson monument de cet album : un fleuve torrent de 11 minutes baptisé "50 Year Old Man" et qui sonne comme le "My Way" du Salfordien. Le titre fait évidemment référence à l’âge du capitaine. Les quatre premières minutes sont envoyées avec une brutalité tenace (une batterie lâchée sans batteur, une basse sans bassiste) tandis que Smith hurle la fierté et la rage de ses artères. Le morceau se brise alors, comme dans un titre des Beach Wilson, sur un chœur de pub qui lui assène qu’il est vieux. Smith accuse le coup et redémarre à zéro avant de faire remonter la sauce au débouché d’un tunnel crépusculaire et jazzy. Les cymbales tremblent de trouille, les balais glissent comme des cheveux blancs sur un long silence. "I’m a 50 Year Old Man and i like it. I am a 50 Year Old Man. What you gonna do about it ?"Un dernier collage de deux minutes, complètement inattendu, vient conclure cette mini-symphonie à la gloire des produits culturels de seconde zone. "I’m an inferior product man", chante Smith en bout de course. Introspection/ inspiration : "I used to be psychic, but I drank my way out of it" sur "I’ve Been Duped", avant de revenir avec le "Strange Town" des Groundhogs. La reprise est haute en couleurs et servie par un chant impeccable. Le groupe joue en formation serrée et la production à la hauteur, émaillant le tout d’effets étranges. "Taurig" expérimente joliment sur un fond électro minimaliste et conclut une séquence de 6 titres peu homogènes mais tous passionnants.
Imperial Wax Solvent ne s’arrête pas en si bon chemin et continue de malmener nos repères en ralentissant à nouveau le tempo sur "Can Can Summer". Alors que tout le monde se félicite du retour du rock, Mark E. Smith renvoie valdinguer les mélodies et se jette corps et âme dans un mariage heureux entre post-rock, jazz et kraut rock. "Tommy Shooter" amorce le mouvement inverse et claque le spoken word en rime sur un fond rock qui en fait peut-être le deuxième morceau de bravoure de l’ensemble, à égalité avec le vigoureux "Latch Key Kid". "Is This New" emprunte au mouvement de Blindness pour imposer sa structure à rebonds et à guitares. "Senior Twilight Stock Replacer" est un morceau plutôt enjoué et presque funk à la gloire d’un vieux travailleur de 58 ans. Dans les cordes, il laisse le micro à son épouse Elena Poulou sur le poppy et emballant Imperial Wax Solvent se referme sur l’incendaire "Exploding Chimney", véritable pétaudière faite chanson où Smith scande le titre de l’album dans un bouillon sonore qui rappelle les plus belles heures d’Alan Vega. Le chanteur tire sa révérence sur un clin d’oil complice et amical : "Believe me kids, i’ve been to a lot." Comme il l’explique lui-même dans son autobiographie : il y a une dignité et une élégance dans la classe ouvrière que beaucoup ne remarquent pas. A 50 ans, Mark E. Smith est dans la place, en majesté.
Benjamin Berton Le 24 June 2008

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