Nous ne pensons jamais à la façon dont notre musique a évolué ou à la façon dont elle pourrait continuer à évoluer à l'avenir. Nous nous contentons de jouer, et de voir ce qui en ressort. (Anneke, 2003) ”
Certaines expressions sont trompeuses, comme "Gothic Metal" par exemple. Prononcée d'un ton sentencieux, elle a toutes les chances de faire fuire le mélomane, s'imaginant déjà assourdi par on ne sait quel
Marilyn Manson! Et pourtant, The Gathering a de quoi convaincre les plus sceptiques. Peut-être, justement, parce que leur longue carrière s'apparente à une lutte contre les tics et la routine.
C'est à Oss, petite ville des Pays Bas que se fonde le groupe, autour de Hans et André Rutten, Bart Smis et, rapidement, Hugo Prinsen Geerligs, Jelmer Wiersma et Frank Boeijen. L'appelation "Rutten, Smis, Prinsen Geerligs, Wiersma and Boeijen" s'avèrant un peu délicate pour mener une carrière internationale, ils choisissent de s'appeler The Gathering, pour souligner l'aspect collectif de leur projet... et rendre hommage à la série "Highlander". Les musiciens ont en effet un imaginaire très marqué par l'heroïc fantasy et, en toute logique, se dirigent vers le metal. Au début des années 90, ils se dégrossissent donc en jouant du Doom, musique brutale et désespérée qui les conduit en première partie des bien nommés
Morbid Angel,
Samael ou
Death... Avec un peu d'indulgence, les interventions lisagerardesques de Marike Groot laissent présager une certaine originalité.
Pendant quelques années, le groupe poursuit son adolescence musicale... les musiciens se succèdent et le style reste très référencé. Le tournant se produit en 1993, lorsque la chanteuse Anneke Van Giesbergen rejoint la bande. Dès l'album "Mandylion" (1995), on constate un net infléchissement de leur style. S'éloignanyt du Doom, du Black et de toutes les lignes de conduite imposées par ces genres, The Gathering se nourrit désormais de
Sonic Youth,
Einstürzende Neubauten,
Dead Can Dance... ce vaste terreau d'expérmimentation noisy, ethnique ou atmosphérique qui caractérisa la partie immergée des années 80. Au passage, ils abandonnent progressivement le dress-code vampirique de leurs confrères, privilégiant des tenues plus simples. Les guitares restant très présentes et la batterie, plutôt lourde, on se met à les considérer comme un groupe Gothic Metal, genre plus calme dans lequel on classe généralement les excentriques du hard :
Paradise Lost,
Moonspell, etc.
"Nighttime Birds" (1997) ne change pas beaucoup la situation. The Gathering continue d'intéresser la presse et le public metal tout en étant superbement ignorés par le reste du monde. Au passage, ils donnent des ailes à toute une nouvelle génération de groupes charismatiques, dans un registre plus commercial :
Lacuna Coil,
Within Temptation,
Nightwish, sans oublier les futurs millionnaires d'
Evanescence! A chaque fois la formule est la même : une jolie chanteuse, une bonne dose de synthétiseurs, quelques reprises des années 80 et beaucoup de spectacle!
Pour sortir de ce ghetto qu'ils ont eux-mêmes créé, les musiciens doivent marquer un grand coup. C'est chose faite en 1999, lorsque paraît le double "How To Measure A Planet". Atmosphérique, insaisissable, passant du coq à l'âne avec une aisance inhabituelle, leur style se distancie considérablement du Metal. Ce dernier n'est plus qu'une source comme les autres, leur permettant ponctuellement d'apporter une décharge d'énergie à leurs chansons.
De fil en aiguille, un fossé se creuse avec leur public. "If Then Else" (2000), ou "Black Light District" (2002) les voient s'orienter vers un style de plus en plus planant et mélodique, aux audaces dignes du courant post-rock. Lorsque le live semi-accoustique "Sleepy Evening" paraît en 2004, la rupture est consommée. Le label Century Media a beau imposer une pochette avec un réglementaire manoir gothique, tout le monde a compris que The Gathering avait quitté le mouvement depuis longtemps.
"Souvenirs" (2003) et "Home" (2006), parus sur leur propre label (The End), montrent un groupe en pleine réflexion, à la recherche d'un genre mélodique, sombre et tendu sans véritable équivalent, une sorte de slowcore perdu quelque part entre
Tori Amos,
Low et le Velvet Underground.
Mais personne ne les écoute : la peinture noire, ça ne s'efface pas si facilement...
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