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Nationalité : allemande Genre musical : Rock Écoutez The Notwist sur : Radio Flu |
L’histoire de The Notwist ressemble un peu à celle du crapeau transformé en prince charmant. Dans leurs premières années, ils s’échinent à faire un métal-punk-noise sans grande originalité sinon la voix frêle de Markus Archer qui n’y trouve pas vraiment sa place. De même que leur premier album éponyme paru en 1990, Nook (1992) aurait probablement sombré dans l’oubli le plus total si les fans d’aujourd’hui n’y prêtaient pas (rapidement) attention, au moins pour se demander comment le conte a pu commencer ici. Une production un peu trop légère pour le style, avec batterie sèche et kick aigu, des riffs maintes fois entendus et des structures basiques avec juste ce qu'il faut de technique pour plaire au métalleux de base : on pourra toujours chercher des prémisses de leur génie à venir. Certes, il y a des poignées de secondes ambient à la Tortoise ("Unsaid, Undone"), des ruptures de climats très rock indé ("No Love"), et de jolies intros qui laissent entrevoir une faible lueur, comme ces banjo sur "The Incredible Change Of Our Alien". Un ou deux morceaux paraissent presque intéressants : "This Sorry Confession" dans sa seconde partie, et "One Dark Love Poem" qui pose les bases du rock à la Notwist. Mais trop souvent, Nook ennuie par son conformisme et un son pas franchement à la hauteur, loin derrière les influences annoncées – Fugazi, Dinosaur Jr. Il aura fallu rouler une longue pelle (quasiment trois ans) pour que le crapeau devienne prince, et encore trois de plus pour le trouver tout à fait charmant.
En 1995 sort 12, annonceur du vrai début de la patte Notwist. En s’affranchissant des guitares métal, la voix parvient enfin à se placer dans des ambiances mélancoliques et rêveuses. Des arrangements dissonants, des plages qui s’étirent au delà des 5 minutes et un mixage aéré (parfois aérien) rendent le jardin des Notwist largement plus fréquentable. Les multiples collaborations des membres du groupe (Potawatomi, Village Of Savoonga, Family Affair) ne sont sans doute pas étrangères à la meilleure santé des compositions du quartet allemand, plus alambiqués et accrocheuse : "M" doit bien changer de cap une bonne dizaine de fois malgré son format court. Le punk, encore vivace, est appréciable depuis qu’il est nimbé de cette tristesse diffuse qui traversera toute la discographie de Notwist ("Puzzle", "My Faults").
L’arrivée de Console alias Martin Grestchmann en 1997 va tranformer l’essai plus convaincant de 12 en un album magnifique l’année suivante, The Shrink. Car s’ils annoncent en interview de façon un peu crâne qu’ils ne cherchent pas l’imitation ou la reproduction d’un genre particulier, c’est véritablement avec ce quatrième album que les amarres sont larguées ! Les textures électroniques de Martin, à la fois industrielles et soft convoquent le meilleur de la musique allemande, d’Oval à d’Einstürzende Neubauten dans l’intro de "Day 7" : Deutschland über Alles… Surtout, c’est l’immense talent d’arrangement des quatre compères qui éclabousse les dix plages de The Shrink. Cette avidité de nouveaux horizons se traduit par l’intervention d’une bonne dizaine de musiciens. Le vibraphone et la batterie jazz sont associés à une basse proéminente jouée au moog ("Day 7"), le clic & cut agressif avec la voix nue et feutrée de Markus (le début de "Chemicals"), une batterie lointaine entonne une rythmique drum & bass quand clarinettes et flutes entonnent un air vaguement 60’s sur l’intrumental "Moron". Pour couronner le tout, des balades belles à pleurer et bardées de sonorités inouïes – l’enchaînement fatal "Electric Bear" et "No Encores" – affirment la qualité de l’écriture des Allemands.
Désormais, la piste aux étoiles est ouverte à Notwist, et il ne manque plus que la renommée internationale pour faire écho à leur génie. Une brassée de projets annexes plus tard (Tied & Tickled Trio avec… Console, l’électro rock de Lali Puna) et nous voilà en 2002, année de la sortie de Neon Golden. Je sors mon joker-phrase-prétentieuse-journalistique-qui-finira-en-autocollant-sur-la-pochette-du-disque : "le son d’une époque, l’album d’une génération".
Quarante petites minutes, Neon Golden fait dans le concis, le mesuré, et très souvent dans le microscopique. Sans étouffer leur songwriting inspiré, les frères Archer et les deux Martin (Messerschmind, batterie et Gretschmann, claviers) vont attacher un tel soin à la moindre seconde qu’aujourd’hui encore, des subtilités musicales surgissent dans des morceaux pourtant archi-écoutés. Il y a le tube absolu que le turn over radiophonique nous aura presque fait détester ("Pilot"), il y a les structures répétitves du minimalisme américain (la coda de "One Step Inside Doesn’t Mean You Understand", le sample de Michael Nyman sur "Solitaire", les flutes de "Pick Up The Phone"), il y a les mélodies soyeuses jouées par une armada d’instruments, classiques et exotiques… mais il y a surtout une voix, fragile et marquante, qui n’envahit pas l’espace mais le hante, qui feint le détachement quand la musique verse dans l’euphorie ou la mélancolie, qui chante des histoires mi-réelles mi-imagées de train, d’avion, de journées merdiques et de solitude.
"Pilot" est certainement le sésame mondial de Notwist, mais l’album qui l’accompagne mérite son inscription au panthéon de la pop. Pour la suite, on connaît désormais le rythme des collaborations pléthoriques… qui repousse à six ans le successeur de Neon Golden. La vieille Europe est même un temps délaissée, lorsque Notwist fréquente les urluberlus d’Anticon : le projet 13 & God, enregistré en compagnie des rappeurs californiens de Themselves vient grossir le fleuve des projets divers, Markus chante avec Alias et Subtle. Rien, et surtout pas les étiquettes, ne semble pouvoir les arrêter.
Malgré toutes ces escapades musicales, c’est dans une impatience encore plus grande que l’on attend The Devil, You + Me, prévu pour 2008 et enregistré avec l’Andromeda Mega Express Orchestra, une formation instrumentale contemporaine qui marie guitares électriques, cordes, flutes et section de cuivres, harpe, basson et percussions.
| Personnalités Similaires | LCD Soundsystem, Phoenix, Hot Chip, Apparat, Lali Puna, Console, The Knife, Her Space Holiday, Pluramon, Kings Of Convenience |
| Inspirations | Fugazi, Dinosaur Jr, Einstürzende Neubauten, Tortoise, Maarten |
| Collaborations | Subtle |
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