Il aura fallu six ans aux Allemands de The Notwist pour donner suite à leur superbe Neon Golden. Ce qu'ils font en beauté avec The Devil, You + Me, poursuivant leurs expérimentations à la frontière du folk et de l'electro. Toujours aussi mélancolique, leur folk de l'espace se teinte désormais d'influences psychédéliques. Micha Acher et Martin Gretschmann nous racontent comment ils ont atteint les étoiles.
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Vous avez un peu tergiversé pour trouver un titre. Ca a failli être Planet Off…
Martin : Le titre définitif est The Devil, You + Me. On l’a finalement choisi parce que le mot "planet" est beaucoup utilisé, pour tout un tas de trucs : "planète internet", "planète rock", "planet trousers"… Du coup nous ne l’aimions plus, même si c’était un bon mot pour le disque. Planet Off signifiait aussi être ailleurs, s’échapper… alors que The Devil, You + Me parle plus d’une situation présente, qu’elle soit bonne ou mauvaise, et avec laquelle on essaie de se débrouiller. Nous ne voulons pas fuir sur une autre planète !

On entend ces sons venus d’ailleurs, les paroles évoquent les extraterrestres, les vaisseaux spatiaux. Du coup l’ancien titre rendait ça un peu trop "concept album" ?
Martin : Oui, c’est vrai. C’est drôle que tu aies employé le terme de "concept album" alors que nous n’avions pas cela à l’esprit. En général, les gens accueillent le CD de façon très différente : quelqu’un nous a dit que les rythmes étaient très doux et calmes, et un autre a parlé de rythmes évidents et lourds… J’aime ces impressions très variées, car ça révèle une façon d’interprèter, voire une façon de ressentir ou de faire face aux choses dans une situation particulière. C’est un bon point pour moi.
Six ans sans The Notwist, le temps a été long. Je me souviens de la promesse d’un second disque avec 13 & God ?
Martin : Pour nous tous, c’était clair qu’après avoir enregistré ce projet et fait la tournée, nous enregistrerions un nouvel album des Notwist : ça nous a pris ces deux dernières années. Nous allons à nouveau faire beaucoup de concerts, puis nous nous intéresserons probablement à nos autres groupes allemands : Console, Lali Puna, Mrs John Soda. Ensuite, nous verrons pour ceux qui sont impliqués dans 13 & God, mais pour l’heure nous nous focalisons sur The Notwist !
Micha : Il faut dire qu’ils sont tous très occupés (NDLA : les membres de Themselves qui sont impliqués dans 13 & God). Il y a un nouveau disque de Subtle et ils sont tout le temps en tournée, genre trois fois plus longtemps que nous ! (rires)
Vous partagez aussi cette boulimie de projets artistiques…
Martin : Oui, ils travaillent très vite, et cette collaboration nous a été vraiment profitable. Nous avions bien préparé la rencontre, et le disque de 13 & God a été enregistré en 2 semaines seulement. Avec Notwist, avec la manière dont nous travaillons, nous n’avons pas l’habitude de cette vitesse. Ca nous été bénéfique pour The Devil… même si nous y avons passé deux ans. Nous faisions des sessions d’enregistrement une semaine par mois, et chacun de notre côté on y travaillait, écoutant, réfléchissant, enregistrant des petits bouts…
Sur Neon Golden, il y avait beaucoup d’instruments acoustiques, alors qu’ici, on entend plus d’éléments électroniques…
Micha : Pourtant, sur ce disque, il doit y avoir plus d’intruments acoustiques ! Mais cette fois, l’ensemble est plus homogène. Ce qui explique que tu ne puisses pas identifier un son d’ordinateur d’un pizzicato de violon. De plus, nous avons beaucoup travaillé les effets : nous aimons la mélodie mais nous apprécions aussi les texture sonores, c’est pourquoi les effets peuvent parfois cacher l’origine acoustique.
Les accords de guitares, présents sur la plupart des morceaux, servent-ils de structure de base ?
Micha : C’est à chaque fois une histoire propre à chaque morceau. Les chansons de Martin sont basées sur des motifs électroniques, Markus utilise davantage la guitare, et mes chansons se structurent autour du piano. A la fin, toutes les chansons doivent avoir de la voix ; or Markus utilise des accords de guitares pour trouver une mélodie pour sa voix. Cela vient probablement du fait qu’il écoute beaucoup de folk et compose avec sa guitare acoustique. Du coup, cet élément folk constitue une sorte de fil rouge qui nous plaisait.
A quel moment les allusions "spatiales" se sont imposées dans le processus d’écriture ? Etait-ce une hypothèse de départ ou est-ce venu progressivement ?
Martin : Quand nous avons commencé l’enregistrement, nous n’avions pas de "masterplan" ou de concept particulier. La seule chose dont je me souvienne, c’est que Markus nous parlait quelquefois de musique psychédélique des années 60, car il en écoutait pas mal à ce moment. Nous avons gardé ça à l’esprit, et nous nous sommes mis à créer des sons venus de l’espace.
Mais les sons "psychédéliques" que l’on trouve dans l’album ne sont pas datés, ils restent très actuels.
Martin : C’est bon d’entendre cela. Nous n’avons jamais souhaité rendre les références évidentes. Un autre exemple montre bien cette idée : pour l’orchestre que nous avons utilisé sur l’album, nous cherchions à éviter ce truc tape-à-l’œil de "Notwist avec un grand orchestre". Nous souhaitions davantage détourner les éléments…Expérimenter, quoi ! Et parvenir malgré tout à assembler ces éléments épars et créer une sensation homogène, et dans le meilleur des cas, quelque chose de nouveau.
Justement, parlez-moi un peu plus de l’orchestre.
Martin : C’est un orchestre d’environ vingt musiciens, avec les instruments "classiques" : des cordes, des cuivres, mais aussi de la guitare, du vibraphone… Ils mixent des éléments classiques, avec du jazz, de la musique de film. C’était une coïncidence heureuse : notre nouveau batteur Armi Elber, qui joue avec eux, nous a fait écouter. Nous avons énormément apprécié, nous les avons rencontrés l’été dernier et tout est allé très vite. C’était avec eux que nous allions travailler ! Cela allait forcément amener de nouvelles possibilités d’arrangement et d’écriture, puisque c’était notre première collaboration avec un tel nombre de musiciens.
Micha : Si nous avions choisi d’arranger The Devil, You + Me comme Neon Golden, ça aurait sonné de la même façon. Donc nous avons tenté d’intégrer de nouveaux sons, d’autres intruments.
Un élément invariant, c’est le ton général. Vos chansons sont toujours aussi tristes, il me semble, ce que l’on ne retrouve pas nécessairement sur vos autres projets.
Martin : Je pense que nous avons cela au fond de nous, il y a toujours eu une grosse part de mélancolie en nous. C’est cette combinaison de mélodies pop et de paroles tristes, de sentiments mélancoliques qui nous convient le mieux. Alors que ça arrive rarement dans la pop, puisque la plupart des chansons sont heureuses et creuses, nous avons trouvé normal de rééquilibrer la balance : tout ce qui arrive dans ta vie n’est pas forcément joyeux, il y a le soleil et la pluie, les beaux jours et les moments tristes. Donc ça nous semble davantage en accord avec nous-même de chanter des chansons tristes.

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