J'étais juste fatigué d'être poli. - Act of Being Polite ”
Même si leur carrière s’étale sur plusieurs décennies, les Residents restent une énigme aux proportions de Sphinx, sortant leurs lives et leurs albums dans l’obscurité la plus désirée, les membres du groupe ne se sont jamais identifiés par des noms, n’apparaissent jamais sans leurs déguisements – smoking, haut-de-forme et masques en forme de globe oculaire géant – et refusent toute interview aux médias. Tirant leur inspiration d’innovateurs comme Harry Partch,
Sun Ra et
Captain Beefheart, les Residents embarquent le souffle de la musique Américaine dans leur vision idiosyncrasique et satirique, ajoutant leur touche d’électronique, de distorsion, d’avant-jazz, de symphonie classique et de chant nasal, réinterprétant John Philip Sousa ou
James Brown en éclatant les limites de la performance théâtrale et du multimédia.
Il est communément accepté que le groupe de quatre membres a émigré de San Francisco à Shreveport (Louisianne) quelque part pendant les années 1970. Selon le porte-parole du groupe, Jay Clem – membre unique de l’entreprise Cryptic Corporation, le corps représentant du groupe – c’est Warner Bros qui leur a donné leur nom, lorsque le label leur a renvoyé leur démo anonyme, adressée simplement « à l’attention des résidents ». Personne ne voulant diffuser leurs sons étranges, les Residents fondent leur propre label, Ralph Records, pour sortir leur première chanson, « Santa Dog » en 1972. Les 300 copies du titre sont envoyées à des sommités allant de
Frank Zappa au Président
Richard Nixon. Leur premier album, Meet the Residents est connu pour s’être vendu à moins de 50 exemplaires avant que le groupe soit menacé de poursuite judiciaire par Capitol Records pour l’utilisation dada-esque de la pochette du disque Meet the Beatles.
Les Residents se lancent ensuite dans le néo-classique Not Available (1974), un album non destiné à la vente, mis sous clé dans une chambre froide en attendant d’être terminé, mais une obligation contractuelle les oblige à sortir le disque en 1978. Leur Third Reich’n Roll de 1976 les voit reprendre une collection d’oldies pop présentées avec une pochette montrant Adolf Hitler tenant une carotte géante. En 1977, ils sortent une reprise du « Satisfaction » des Rolling Stones qui devient un hit underground des deux côtés de l’Atlantique. A cette époque, le groupe s’est bâti une base de fans solide, et sort coup sur coup Duck Slab/Buster & Glen (1977), Eskimo (1979) une collection de chants de natifs arctiques et Commercial Album (1980), une compilation de 40 chansons d’une minute qui sont passées sur une radio de San Francisco seulement parce que les Residents les ont diffusées pendant du temps de publicité qu’ils ont achetés.
En 1981, ils se lancent dans la trilogie Mole (« Taupe »), une collection d’albums – The Mark of the Mole (1981), The Tunes of Two Cities (1982) et The Big Bubble (1985) – racontant la bataille épique entre la tribus des Moles et la tribu des Chubs. Au passage, ils donnent naissance à George and James en 1984, une collection de réinterprétation de chansons de George Gerschwin et
James Brown, et remettent le couvert en 1986 avec Stars and Hank Forever (à partir de John Philip Sousa et Hank Williams).
Les difficultés financières les forcent à fermer Ralph Records, ce qui les fait créer le label New Ralph, sur lequel ils sortent le bluesy God in Three Persons et The King and Eye en 1989 (des réinterprétations d’Elvis Presley).
En 1994, le groupe ressort son album Freak Show sous forme de CD-Rom, plongeant de facto dans la nouvelle technologie interactive. Have a Bad Day sort en 1996, incluant un jeu sur le CR-Rom, « Bad day on the midway ». En 1997, le groupe fête son 30e anniversaire avec la rétrospective Our Tired, Our Poor, Our Huddled Masses. Suivent ensuite, Wormwood : Curious Stories from the Bible (1999) et Roadworms (2000).
Ils produisent alors l’éblouissant DVD Icky Flix, une collection extrêmement détaillée de leurs vidéos, avec des vieilles et des nouvelles chansons, un son Surround Digital 5.1, un nombre impossible de vidéos cachées et une histoire en profondeur de chacune des chansons.
Au printemps 2002 sort Petting Zoo, une rétrospective qui sert de sampler pour de nouveaux fans et comme apéritif pour les vieux fans, en attendant que d’autres projets gratinés soient achevés. Le premier est Demons Dance Alone, un album de pop compliquée qui revient aux chansons les plus entraînantes de Duck Stab et le Commercial Album dans une thématique très post-11 septembre. Animal Lover sort en 2005. Et leur dernière fantaisie en 2006, River of Crime, leur 43e album, qui est vendu… vierge. Les cinq épisodes sont à télécharger, mois après mois, puis à graver sur le double album vierge. Les Residents sont même en avance sur la dématérialisation de la musique !