Les
Stooges sont un de ces nombreux groupes avec les
New York Dolls, le
MC5, les Sonics et un millier d'autres qu'on qualifie de "parrains du punk" et c'est probablement celui pour lequel le titre est le plus justifié. En tout cas, les Stooges sont clairement les meilleurs et ce n'est pas une reformation ridicule au début du XXIème siècle qui nous le fera oublier.
Au commencement étaient les Stooges...
James Osterberg a déjà joué dans quelques groupes sans succès en 1967 quand il découvre les Doors en concert et, impressionné par la présence scénique de Jim Morrisson, décide de se renommer Iggy Stooge (puis plus tard
Iggy Pop) et de former les Stooges.
Il recrute les frères Ron et Scott Asheton pour jouer respectivement la guitare et la batterie et le bassiste Dave Alexander et pendant plus d'un an ils tourneront avec un show primitif qui leur vaudra quelques fans ardents mais surtout de devenir un sujet de moqueries et d'incompréhension. La section rythmique est particulièrement peu subtile pour les oreilles de l'époque encore habituée au swing R&B chez les groupes de rock et Iggy chante torse nu, se roule par terre, se coupe avec du verre, se tartine de beurre de cacahuète... Ils parviennent tout de même à se faire signer par Elektra alors qu'ils assurent la première partie du MC5.
En 1969 leur premier album, simplement intitulé
The Stooges, est produit par leur héros
John Cale du Velvet Underground qui pour une fois dans sa vie n'a rien compris donne un son tout petit au groupe qui d'habitude joue tous amplis à fond. Malgré cette production désastreuse et l'embarassante chanson de dix minutes "We Will Fall", le disque est sauvage et menaçant, une réussite qui se vendra très très mal.
Fun House, sorti en 1970, est une autre affaire. Le groupe a retrouvé Don Letts, personnage mythique pour son travail avec les Kingsmen ("Louie Louie") et celui ci parvient à restituer sur disque toute la violence et la crasse du son des Stooges. L'album est un furieux assaut sonique noisy et parfois complètement barré, l'équivalent néanderthalien d'un disque de free jazz qui puise son inspiration dans le garage rock américain du début des sixties et dans les moments les plus extrêmes du Velvet Underground. C'est un chef d'oeuvre, les critiques sont horrifiés, le groupe se dissout progressivement.
Maintenant, ce sera Iggy & The Stooges
En 1972
David Bowie, alors tout juste super star grâce à son Ziggy Stardust, tombe sur Iggy et en fan absolu décide qu'il ressucitera les Stooges coûte que coûte. Avec Ron Asheton qui remplace Dave alexander à la basse et le guitariste James Williamson qui prend sa place (il joue bien mieux que tous les autres... pas forcément un plus chez les Stooges), le groupe devient Iggy & the Stooges et enregistre l'album
Raw Power avec David Bowie derrière la console.
Là, les versions diffèrent : si le groupe joue bien sauvagement et à fond comme à son habitude, on ne sait si c'est à cause d'un choix esthétique, cafouillage technique ou guerre d'égo avec Iggy mais le mix de Bowie
est tout aigrelet. Certains adorent, d'autres détestent, on dit que c'est la création du son punk ou juste un mix très créatif, on dit plein de choses... Au moment de rééditer l'album en CD Iggy le remixe entièrement pour lui donner un son énorme, toujours dans le rouge, et les débats sur quelle version est le meilleure ne cesseront probablement jamais.
Raw Power a sa sortie fait un flop monumentas malgré des critiques pour une fois positives. Après une tournée désastreuse le groupe se dissout à nouveau, cette fois semble-t-il pour de bon. Iggy sera à nouveau repéché par Bowie en 1976 et ce dernier le lancera dans une carrière solo qui finira par faire de lui une figure pop mondialement connue qui vendra même quelques disques. les autres Stooges n'auront pas autant de succès...
Les Stooges se retrouvent d'abord sans Iggy
En 2002 Ron et Scott Asheton commencent à tourner principalement en Europe avec The Stooges Project avec des bassistes et des chanteurs qui changent souvent à chaque concert. Ca devient presque un sport à la mode pour les chanteurs rock de jouer au Iggy karaoke avec les frères Asheton comme backing band. Iggy, qui a remarqué que les Stooges avaient acquis au fil des années plus de respect que sa carrière solo, fini par inviter les frères Asheton à jouer quelques chansons sur son album Skull Ring.
Iggy & the Stooges reformés s'embarquent en 2003 dans une tournée mondiale triomphale et lucrative avec le bassiste Mike Watt (le nom est trompeur, ils ne jouent que des titres des deux premiers albums alors qu'ils n'étaient que
The Stooges). Le succès fini par leur donner la mauvaise idée de sortir un disque, ce sera le désastreux The Weirdness en 2007 dont le moins on dira, le mieux on se portera.