Everything Is Borrowed de The Streets



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Voix sans issue



Mike Skinner aka The StreetsEverything Is Borrowed, après la demie déception de son troisième album. Skinner y propose une alternative séduisante au garage des débuts mais l'album ne tient plus qu’à une chose : la voix de Skinner. C’est un peu juste pour en faire une réussite mais assez pour éviter le naufrage.
Tout le monde se faisait du souci pour Mike Skinner, l’homme orchestre et seul membre de The Streets, après la petite déception de son troisième album. Certains le soupçonnaient d’avoir perdu le contact avec son milieu d’origine et d’avoir cédé au mal qui guette tous les rappeurs à succès : l’embourgeoisement. Quelques semaines avant la sortie d'Everything is Borrowed, il avait annoncé sa décision d’enterrer sa franchise vedette après un dernier album annoncé comme strictement instrumental, avant de s’engager vers d’autres projets : des musiques de films, des vidéos...

Dans ce contexte, et seulement dans ce contexte, Everything is Borrowed n’est pas si mauvais, même s’il n’a plus grand-chose à voir avec son premier essai, l’indémodable Original Pirate Material. Quatre ou cinq des onze titres de l’album sont excellents et portés par la première qualité du bonhomme : sa voix, son flow qui restent, malgré la relative dérive musicale de l’ensemble, à la fois irremplaçables et immédiatement reconnaissables. Le reste n’est pas si mauvais, même s’il tutoie, sur les titres les moins solides, le registre parodique d’un MC Deevo, soit une caricature assez cheap de l’esprit chav, avec moult chœurs et tendances rnb.

 

"De la dance music pour prendre le thé"

Alors que le précédent album s’embourbait dans des considérations sur l’enrichissement sans cause, les tourments du parvenu, la coke en soirée VIP et l’accumulation de biens matériels, Skinner situe celui-ci sur le terrain des passions, de la transformation sentimentale de l’homme qu’il est devenu et échappe, par ce détour abstrait, à peu près à toutes les critiques en crédibilité. L’album est un album solaire, selon son auteur, un album joyeux et quasi métaphysique selon son ancien standard. "I came to this world with nothing. And i’ll leave with nothing but love. Everything else is just borrowed”, chante-t-il sur le titre éponyme en guise de mot d’ordre. Skinner se met à nu et est servi par une rythmique efficace tendue entre le registre nu soul, le trip hop chargé en basses et le filon funk-hop entretenu un temps par la label Grand Central. "Heaven for the Weather" est bien balancé et interroge, comme les trois quarts des morceaux de l’album, le sens de la vie, tout en affichant un détachement, dans les textes et l’ambiance sonore, qui éclaire le tout et donne envie de reprendre les refrains en chœur. "I want to go to heaven for the weather, hell for the company". Après un départ poussif, "The Way of the Dodo" s’offre une belle séquence en débit accéléré mais, à l’image de l’album, souffre d’un certain manque d’intensité. Le chanteur et le beat sont bons, voire excellents, mais le propos manque de direction, comme si l’inspiration et les récits d’expérience qui faisaient la richesse des meilleurs morceaux de The Streets s’étaient défilés une fois encore. "On The Flip of A Coin" fait pleurer dans les chaumières et illustre cette débauche de confessions et de déballages sincères qui font le charme de ce hip hop maladif. Avec ses trompettes et ses guitares princières, "On the Edge of the Cliff" a de l’allure mais n’apporte pas grand chose de nouveau, tandis que "Never Give In" lorgne vers le reggae de seconde zone. "The Sherry End", malgré ses expérimentations rétro funk, manque sa cible. L’album redémarre avec le bon "Alleged Legends", et ses harmonies orientales, avant de trouver sa voie avec l’intimiste et magnifique "Strongest Person I Know". C’est dans ce registre apaisé et dépouillé qu’aujourd’hui Skinner convainc le mieux, seul avec son texte et débarrassé de ses arrangements envahissants qui tirent beaucoup trop de titres vers la variét-nB. "The Escapist", le premier single sorti avant l’album, clôt un troisième essai en demie teinte, plus émouvant et attachant que percutant. Le titre n’est pas loin de rester le meilleur morceau des onze.

Skinner aimerait se faire la malle. On a désormais une petite idée de ses motivations. Ses Rues jadis pleines de caractère et de personnages hauts en couleur sont dépeuplées et sans âme. Et après ?

 

 

Benjamin Berton Le 17 September 2008

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