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Yann Tambour confie que l’origine de son projet actuel réside dans l’éblouissement éprouvé il y a quelques années devant un orchestre malien et plus particulièrement sa fascination pour la kora, harpe issue de la tradition mandingue. Il fut frappé par la correspondance entre les jeux de kora des grand maîtres, Yakhouba Sissokho ou Toumani Diabate, et le fingerpicking des bluesmen et folksingers américains. Il entreprit alors de maîtriser l’instrument.
Churning Strides témoigne aujourd’hui de son éclatante réussite car le disque est prodigue de beautés et d’inventions. Thee Stranded Horse enchaine les figures harmoniques sans jamais s’adonner à de pénibles tours de force. La musique, exlusivement acoustique, chemine avec délices entre les champs de coton du Mississipi et les contrées d’Afrique. De ce mélange inédit naît un univers envoûtant dont la musicalité, sobre et authentique, véhicule une émotion à fleur de peau et une belle sensualité.
On lira sous quelques plumes que Yann Tambour, autodidacte, joue de la kora d’une manière inhabituelle. Il s’agit surtout d’un admirable joueur de kora car il s’emploie à faire des cordes de l’instrument un sismographe relevant tous les tremblements d’un cœur, ses secousses, ses palpitations, ses inquiétants silences et ses accrocs. Pour y parvenir, on imagine qu’il a dû charrier des milliers de maux sous ses doigts, jouer à perdre haleine pour mieux retrouver le souffle. Pour devenir naturel. Trouver un style qui ne soit pas un style qu’on se donne.

Churning Strides ensorcèle. Ce disque contient quelques filtres, quelque magie blanche. Peut-être. Mais plus certainement, cette musique nous touche profondément parce qu’elle est faite de chair, de sang, de sueur et de larmes. Autant de fluides dont elle a gardé le sel. Elle s’attaque au sens, s’insinue par tous les pores de la peau, glisse sur l’échine qu’immanquablement, elle fait frissonner.
Churning Strides est un de ces albums précieux, entrés dans nos vies par la porte de service mais qui recèlent tant de beautés qu’ils en deviennent indispensables. C’est un disque calme, un disque de communion. La musique y est proche, accessible, magnifique de justesse, de chaleur et de mélancolie. Ainsi, écoute après écoute, lentement, Thee Stranded Horse, avec ses mélodies sans âge, devient-il le compagnon d’âme idéal pour les soirs de détresse.
Yann Tambour joue de longues phrases délicates entrecoupées de silence, s’attache à mettre en valeur les mélodies, principales sources d’inspiration de son langage poétique. Son chant singulier, sa voix nasale, douloureuse, grave, à la limite de la rupture, parfois à peine audible, prolonge la plainte des instruments ; une guitare acoustique, le son caressant de la kora, la profondeur d’une contrebasse…
Sur "She Goes Pulse", les arpèges viennent et repartent inlassablement, la voix s’avance et se retire, le traitement du son joue des variations d’intensité et ces multiples modulations évoquent le ressac des vagues. Depuis ce titre inaugural, tout de grace et d’élégance, Churning Strides offre une vue merveilleuse sur l’immensité de l’océan, ouvre d’incroyables perspectives sur un monde rêvé. La musique dessine des impressions fugitives. C’est un long matin qui dort. Une mer de ciel qui s’éveille. Un océan de nuages et de nuées, une marée de flocons lourds et doux sous l’air qui pèse. Et l’album de se prolonger par sept merveilles folk d’une beauté à couper le souffle...
Thee, Stranded Horse - Churning Strides
Chez Talitres, mars 2007
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